Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par LES TROIS COUPS
Quand le blasphème tourne
au lapsus
Par Olivier Pansieri
Les Trois Coups.com
On s’écrase à l’entrée du Petit Louvre (salle Van-Gogh) pour assister à l’évènement : « Product », de Mark Ravenhill, mis en scène par Sylvain Creuzevault. Créée en janvier dernier à Paris (dans une boîte de nuit : La Java), la pièce est une logorrhée d’une heure. Celle d’un producteur de cinéma, comme il se doit cynique et vulgaire, racontant un scénario nul à une star, soi-disant pour la convaincre d’y jouer le premier rôle. En fait un écran de fumée, qui cache mal une incroyable panne d’inspiration. On doit reconnaître cependant que le personnage (et plus encore son interprète !) enfonce des portes ouvertes avec une belle énergie.
Olivia est « bankable ». C’est ainsi qu’on nomme dans le jargon ces comédiens qui ont un nom sur lequel les producteurs peuvent miser pour monter un film. James a tout, au contraire, du producteur aux abois, qui essaie de se refaire avec un projet fumeux qu’il pense « imparable ». Son scénariste y a mis en vrac tous les ingrédients supposés faire un gros succès. L’actrice sera « obligée d’adorer » ! Une histoire abracadabrante, qui conterait les amours hautement improbables entre une femme cadre supérieur et un « grand basané » terroriste.
Le rôle d’Olivia est confié à Muranyi Kovacs, qui ne dit pas un mot, celui de James à Christian Benedetti, qui se met en quatre – que dis-je, en quatre mille (volts) ! – pour tenter de faire exister cette longue scène cruellement dénuée d’intérêt dramatique. De la dame, on ne saura rien, du monsieur, pas grand-chose non plus. C’est un beauf raciste et cupide, qui peut bien crever.
On a très vite compris qu’Olivia ne marcherait pas dans la pitoyable combine. Du coup, on se met à lui ressembler de plus en plus. Sur nous aussi, tout ça glisse. On regarde donc, fasciné, autant l’acteur que le producteur meubler le silence du texte : un florilège de poncifs. Dénoncés bien sûr ! Ravenhill est plus malin que ça.
Christian Benedetti restant un extraordinaire comédien, sa prestation tient en haleine (et du prodige). Au propre comme au figuré, c’est un strip-tease de l’entertainment et plus encore de l’ambition. L’auteur, le personnage et l’interprète y tournent en rond, balançant des coups de pieds rageurs dans tous les sens, chaque fois dans le vide. Quand le blasphème tourne au lapsus. Pour ceux donc qui, comme eux, adoreraient en réalité écrire ou jouer un rôle pour cet enfoiré de cinéma ! Comme moi. Voilà pourquoi cette salle est bourrée à craquer. ¶
Olivier Pansieri
Product, de Mark Ravenhill
Théâtre-Studio d’Alfortville
Mise en scène : Sylvain Creuzevault
Texte français : Séverine Magois
Assistant à la mise en scène : Lionel Gonzàlez
Avec : Muranyi Kovacs, Christian Benedetti
Lumières : Dominique Fortin
Le Petit Louvre • 23, rue Saint-Agricol • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 86 04 24
Du 10 juillet au 2 août 2008, à 12 h 15
Durée : 1 heure
15 € | 10 €
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