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Par LES TROIS COUPS
Intime et poétique
Par Aurore Krol
Les Trois Coups.com
Quelle est la cause des liens d’amitié entre le grand poète Pablo Neruda et son facteur, un jeune homme de 17 ans ? Réponses : les métaphores. Métaphores qui joueront le rôle de parcours initiatique pour un jeune homme naïf et maladroit. En apprenant à poétiser sa vie, celui-ci va à la fois sublimer son histoire d’amour et choisir de prendre position socialement.
Pablo Neruda est bien le seul à recevoir du courrier dans le petit village chilien où il habite. Un facteur est donc nécessaire pour lui ramener chaque jour sa précieuse correspondance. La fonction revient à un jeune homme, qui aurait pu n’avoir qu’une vie tout ordinaire si elle n’avait pas eu à se confronter aux grandes lignes de l’histoire. Ce spectacle est simple et émouvant. Il ne mélange pas poésie et politique, mais il les entremêle. Les choses sont si intimement emboîtées qu’on ne peut plus les dissocier l’une de l’autre.
Si les liens qui se tissent entre Neruda et son facteur sont le centre de l’histoire, la narration est laissée à une femme. La voix off est en effet celle de Béatriz, la petite amie du facteur, la compagne complice, pour laquelle le jeune homme éprouve un véritable coup de foudre.
« le Facteur de Neruda »
Bien qu’au cœur d’évènements tragiques, ce récit évite les écueils du lyrisme pour rester dans les tons doux de la tendresse. Dans la pièce, Neruda déclare au facteur : « Tu peux faire de la poésie mais pas du sentimentalisme ». Le regard vaguement amusé sur les sentiments naissants de son jeune ami, il n’hésite pas à intervenir en sa faveur auprès de la mère de Béatriz. Ce qui aurait pu n’être qu’une simple amourette devient donc une passion par le pouvoir des mots. Et, au-delà de ce premier plan amoureux, se tisse un fond historique auquel chaque personnage devra bien prendre part.
Les choix d’éclairage et de musique insufflent une atmosphère intime déjà mise en avant. Ce climat d’harmonie est propice à l’introspection et à la réflexion. C’est un théâtre d’émotion plus que d’action, mais un théâtre concret, palpable, sensitif. Ainsi, quand Neruda est contraint de fuir, l’exil est montré comme une privation sensible : ne plus entendre les voix aimées, ni sentir les odeurs familières. L’usage de bandes audio sert à rétablir un peu de ces sensations : les voix que le facteur est chargé d’y enregistrer pour ensuite les envoyer à Neruda deviennent un ersatz de présence. Mais, surtout, elles le font passer du simple statut de transmetteur à celui, créatif, de correspondant.
Les quatre comédiens sont enthousiastes. L’interprétation de la mère de Béatriz, en particulier, est colorée et pleine d’humour. En cela, j’ai apprécié cette pièce même si elle m’a semblé manquer parfois de rythme. Seul bémol : la disposition du décor qui diminue encore un espace de jeu déjà exigu. Représentant un ciel, ce décor permet, en revanche, une image finale absolument sublime, où la disparition et la mort deviennent elles-mêmes des métaphores. ¶
Aurore Krol
Le Facteur de Neruda, d’après Une ardente patience d’Antonio Skàrmeta
Adaptation et mise en scène : Jean-Claude Nieto
Avec : Michel Grisoni, Balthazar Daninos, Magali Lerbey et Catherine Herold
Décors : Édouard Sarxian
Costumes : Évelyne Paoli
Création sonore : Vincent Lambert
Réalisation décors : Arnaud Leroux, Christian Coulomb, Clarisse Zittel
Régie : Santiago Blanco
Administration : Annie Morel
Pulsion théâtre • 56, rue du Rempart-Saint-Lazare • 84000 Avignon
Réservation : 04 90 85 37 48
Du 10 juillet au 2 août 2008 à 13 h 30
Durée : 1 h 20
15 € | 11 € | 8 €
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