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Par LES TROIS COUPS
Comment dire ?...
Par Olivier Pansieri
Les Trois Coups.com
Pardon aux derniers rescapés de l’Holocauste, mais je doute qu’ils me lisent. J’en ai dans ma famille, je sais de quoi je parle. Le seul nom d’Eichmann leur fait éteindre le poste, l’ordinateur, tout. Aux autres, je dirai que ce « Je suis Adolf Eichmann », de Jari Juutinen, mis en scène par Marja-Leena Junker restera pour moi une énigme. Qu’est-ce qu’ils espéraient qu’on éprouve en voyant ce truc-là ?
Déjà je redoute ces « grandes causes », qui font de la prise d’otages avec nos consciences, nous mettant au défi de critiquer leur forme quand le fond est d’une « telle urgence ». Au théâtre d’abord, tout est d’une « telle urgence » : déjà pour le metteur en scène, qui, sinon, ne monterait pas la pièce. Ensuite pour les acteurs, qu’il a dû persuader de cette urgence « telle » qu’ils vont donner, espère-t-il, le meilleur d’eux-mêmes. Et cela vaut pour Macbeth comme pour l’Effet Glapion. Qu’on m’autorise donc à parler de Je suis Adolf Eichmann comme je le ferais de l’un ou de l’autre. Sinon je me tais.
Merci. À l’origine, la pièce de Jari Juutinen est une farce de deux heures et quarante-cinq minutes (il l’a créée à Lathi en 2005, scène nationale finnoise, dont il est directeur). Elle comprenait alors un orchestre, de la danse, du strip-tease, un tribunal se transformant en plateau d’émission de télé-réalité, des performances et ainsi de suite. Je suppose que le propos de ce « Hitler Circus » était de dénoncer notre société-spectacle, qui transforme tout en produit de grande consommation : des petites culottes de Madonna aux pires atrocités. Soit.
Ici, on a six interprètes qui lisent ou jouent des textes, dont le principal intérêt est de nous rafraîchir la mémoire : les lois raciales, la nuit de Cristal, la Solution finale : 1935, 1938, 1942… Reste, en somme, un procès pas trop mal ficelé mais barbant. Tant pis si c’est un gros mot. On a beau se persuader que c’est pour la bonne cause, on se fait suer. Honteusement. Reste la question centrale : « Qu’aurais-je fait à sa place ? » Il faut vraiment être goy pour se poser une question pareille ! Enfin, imaginons ! En fait, j’attends toujours le drame (ou la farce) qui me montrerait théâtralement à quel point il est difficile d’y répondre. C’était peut-être le cas de la version finnoise. Celle de Marja-Leena Junker me semble, elle, aller dans tous les sens mais jamais bien loin.
Guy Vouillot fait pourtant de son mieux. Presque trop bien : il est Eichmann. Ni touchant ni odieux, un cas. Étonnant Daniel Plier, qui fait, lui, un nazi glaçant. Plus classique, Jean-François Wolff défend remarquablement ses soldats et son rôle. Pour moi, ce serait le seul moment où, là encore théâtralement, cette équipe traite son sujet. Avec les brèves interventions de Mme Eichmann (Nicole Max), interventions brèves mais molles, pour être franc.
On sort de là évidemment moins nazi que jamais, ce qui est déjà ça ! Avec tout de même in extremis cet effarement qu’évoque Eichmann découvrant chaque fois la même curieuse pyramide de cadavres, quand on rouvrait une chambre à gaz, l’infâme besogne accomplie. Jusqu’au bout, les victimes avaient cherché à survivre en grimpant les uns sur les autres pour atteindre l’air respirable ! Les gosses, les femmes, les vieux restant en dessous : écrasés. « Ces pyramides, se souvient-il, voilà. C’est la société que nous avions créée. » Pour cette extraordinaire phrase finale, il sera beaucoup pardonné à ce spectacle imparfait. ¶
Olivier Pansieri
Je suis Adolf Eichmann, de Jari Juutinen
Théâtre du Centaure
Mise en scène : Marja-Leena Junker
Avec : Nicole Max, Valéry Plancke, Daniel Plier, Milla Trausch, Guy Vouillot, Jean-François Wolff
Adaptation française : Suza Mariut Klami
Lumières : Véronique Claudel
Décor sonore : Jacques Herbet
Construction décors : Claude Leuenberger
Régie : Dana Calimente
Présence Pasteur • 13, rue du Pont-Trouca • 84000 Avignon
Réservations : 04 32 74 18 54
Du 10 juillet au 2 août 2008, à 20 h 15
Durée : 1 h 35
15 € | 11 €
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