Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par LES TROIS COUPS
La Gelly mélodie de Roca
Par Cédric Enjalbert
Les Trois Coups.com
Le Ring, dix heures, troisième round : Elsa Gelly « versus » Vincent Roca. Une heure et quart de chanson-ons, plus ons les unes que les autres. Méchantes, piquantes, riantes. « C’est le meilleur du pire » en musique.
Une petite invocation à l’Auteur – ah ! l’Auteur… – mains tendues, regard au ciel, on dérouille l’accordéon, on chauffe violon et guitare, et en avant la musique ! Les Vaches, qui regardaient passer le T.G.V., puis J.T. missa est, les atrocités façon télé, à volonté pour le dîner. « Regarde dans ton assiette, le monde a fait sous lui […] et vous, passez-moi le poivre… d’Arvor ! » Ne pas oublier la Gelly Mélodie d’Alzheimer, jolie maladie dans la bouche d’Elsa. Roca dit des horreurs, et la charmante demoiselle, claire voix, grande gueule, nous fait passer ça pour une romance. En équilibre sur « le fil dérisoire » il y a peu encore, Roca manque ici de tomber terre à terre, à deux pas du grivois.
Mais, légèreté, finesse, espièglerie, quand Elsa est là, tout va. Avec elle, les mots gros sautillent, virevoltent, chahutent sur la corde raide : « Les gens font ce qu’ils pleuvent, ils se mettent à l’imper », « l’escargot est hermaphrodite, mais pour l’amour, c’est affreux dites », « ranimer la femme du soldat inconnu »… Suffisant, pensez-vous ? Nenni, remettez « L’Égypte et le couvert » et qu’on « m’appelle Cendrillon, la Belle au bois fumant. Cendrier est mon prince châtiment ». Ajoutez une pincée… voire une généreuse poignée d’humour noir : « J’aurai tué père et mère pour garder mes parents vivants », la douceur d’une mélodie jazzy, d’un air de guinguette, quelques notes d’un tango argentin, une musique tzigane et vous aurez idée de la saveur du spectacle.
La complicité entre elle et ses deux musiciens, Pierre-Marie Braye-Weppe au violon et à la guitare, David Richard à l’accordéon, est manifeste, et le plaisir qu’ils partagent ensemble nous est communiqué. La mise en scène du trio assurée par Marinette Maignan joue avec quelques accessoires mais surtout avec les entrée et sorties. Façon de lier les chansons les unes aux autres par une transition élégante. Une réserve seulement, pourquoi diantre sonoriser une belle voix, que l’on imagine puissante, dans une salle de jauge moyenne ? C’est malheureux et déplaisant, d’autant plus quand des bruits parasites s’en mêlent.
Mais n’ayons pas l’esprit triste et larguons nos amères critiques. Car, acidulé, frais, piquant, gouleyant, certes pas toujours de bon goût pourtant, le spectacle concocté par ce trio sympathique, truffé d’humour noir, gavé de bon mots, parfois un peu gras, est tout de même bien savoureux. ¶
Cédric Enjalbert
Larguez les amours, sur des textes de Vincent Roca
Vocal 26 • 46, avenue Sadi-Carnot • 26000 Valence
Mise en scène : Marinette Maignan
Chant : Elsa Gelly
Musiques : David Richard et Pierre-Marie Braye-Weppe
Lumières : Julie Valette
Son : Patrick Jauneaud
Le Ring • 13, rue Louis-Pasteur • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 27 02 03
Du 10 juillet au 2 août 2008 à 17 heures
Durée : 1 h 15
16 € | 11 €
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