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Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.

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« Fractal », de Pépito et Mohamed Sialiti (critique de Diane Launay), Présence Pasteur, Avignon Off 2008

« Fractal », hip-hop ludique

 

Pépito est sans aucun doute un des meilleurs danseurs de hip-hop d’aujourd’hui. Guidé par le chorégraphe Mohamed Sialiti, il présente au Off d’Avignon son premier solo, « Fractal ». Son corps animé d’impulsions électriques exprime la difficulté de vivre entre le rêve et la médiocrité du quotidien.

 

Pépito a un talent de danseur extraordinaire. Abonné aux prix et récompenses, il a été champion de France au « Battle of the year 2006 » à Montpellier, puis champion du monde au « Battle of the year international 2006 » en Allemagne. Sa spécialité : le poppin’, fondé sur des suites de contractions musculaires et d’explosions du corps. Mohamed Sialiti l’entraîne aussi vers d’autres terrains du hip-hop : le break, le passe-passe… Pour résumer, Pépito est capable de transformer son corps en à peu près n’importe quelle matière : caoutchouc, chewing-gum, acier, courant électrique, branché sur 2 000 volts…

 

Il manifeste ainsi un potentiel de mobilisation d’énergie étonnant. Le voir danser me fait penser que le hip-hop témoigne d’un certain rapport du danseur à son propre corps, tantôt fait de dépossession totale, lorsque ses membres semblent bouger indépendamment et comme à l’insu du danseur, tantôt fait de maîtrise, lorsque le corps obéit comme une machine à son maître, et devient robotique. Le danseur semble exulter sous l’emprise d’impulsions vitales, qui expriment, peut être, les difficultés de la jeunesse à prendre sa place dans la société moderne, à se définir, à exister librement.

 

Le travail chorégraphique accompli sur les mains, par exemple, est assez révélateur : celles-ci semblent exister comme des individus à part entière, inconnues à leur propre corps, saisies de pulsions déambulatoires, d’envies de séduction, d’agression… Elles apparaissent comme une sorte d’objet transitionnel qui vise à extérioriser et sublimer les pulsions ressenties par le danseur. La danse permet, en même temps, de maîtriser ces mains, partie du corps essentielle, pour la rencontre de l’autre, la communication, le travail, l’amitié, etc. Ces mains qui servent aussi à atteindre une certaine dextérité dans la vie quotidienne, dans la vie sociale… Et qui, à l’inverse, se révèlent encombrantes quand on n’en maîtrise pas l’utilisation, et qu’on ne sait pas quoi en faire ni de ses dix doigts ! La danse de Pépito apparaît alors vraiment comme un moyen de dompter le réel, de l’exprimer dans sa violence mais aussi de le maîtriser. Le hip-hop est une danse sincère, vivante, qui dit des réalités cruciales quant à la place et à la détresse de la jeunesse dans la société d’aujourd’hui.

 

Mais ce genre de vérités-là, est-il facile de les faire entendre ? Est-il facile de les dire, en l’assumant ? Probablement pas. J’ai comme l’impression que Pépito n’a pas envie d’entrer dans le cliché du gars d’origine immigrée qui parle de la misère des quartiers et de la haine de la police… D’accord. Mais, du coup, il me semble que Pépito a une petite tendance à l’angélisme. Et qu’il en ajoute un peu trop dans le côté comique et séducteur. Sa danse penche vers la théâtralité, et le danseur semble ainsi dissimuler derrière des effets comiques la force de ce qu’il aurait vraiment eu à dire. Il semble ne pas assumer son personnage – celui d’un type perdu qui se réveille à l’hôpital psychiatrique –, il se regarde jouer, se préserve en se mettant à bonne distance. Pépito semble dire « Voyez sa souffrance, le pauvre, moi, ça ne risque pas de m’arriver ». Il me semble qu’il devrait prendre position et décider franchement s’il est, dans Fractal, danseur ou comique. Le danseur ne se regarde pas danser, il danse. De même, le comique ou le clown est drôle malgré lui, et pas parce qu’il le décide. 

 

Diane Launay

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Fractal, de Pépito et Mohamed Sialiti

Compagnie Impact • Le Grand Bleu, Établissement national de production et de diffusion artistique

Mohamed Sialiti 06 69 45 81 39 | 03 20 00 55 71

r_one_m@hotmail.com

adesideri@legrandbleu.com

www.legrandbleu.com

Conception chorégraphique : Pépito, Mohamed Sialiti

Avec : Pépito

Création lumière : Arnaud Drévillon

Musique : Malik Berki

Présence Pasteur • 13, rue du Pont-Trouca • 84000 Avignon

Réservations : 04 32 74 18 54

Du 10 juillet au 2 août 2008 à 19 h 15, relâche les 16, 23, et 30 juillet

Durée : 40 min

10 € | 7 € | 5 €

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