Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par LES TROIS COUPS
L’allégorie fantastique
Par Claire Stavaux
Les Trois Coups.com
Une montagne pelée où le vent s’engouffre dans les pierres et siffle entre les rochers. Paysage lunaire où des sorcières et des oiseaux maléfiques ont élu domicile. Que le spectateur se s’avise pas de s’y égarer…
Le texte de Caroline Gaudfrin est l’œuvre d’inspirations multiples, littéraires et cinématographiques, qui vont d’Arthur Miller à Lars von Trier, en passant par Dark of the Moon. Ce conte allégorique dénonce les préjugés communautaires, les superstitions séculaires et le fanatisme religieux des habitants d’un petit village du Midwest des États-Unis. Manipulés par l’insidieux révérend Haggler, ils mettent au ban de leur petite société l’étranger venu de la montagne, du vieux mont Chauve où nul n’ose s’aventurer. Ce mystérieux étranger s’est épris de la sauvage et l’intrépide Barbara Allen. Désespérant de son apparence, il implore la reine des Sorts. « Maudits escrocs que les sentiments humains, petit sorcier… Es-tu sûr de vouloir payer pour ces marchands de souffrance ? » Car, bien sûr, cette métamorphose n’est pas sans conditions…
Artiste multiforme, Caroline Gaudfrin associe au travail d’écrivain-dramaturge, celui de metteuse en scène et d’interprète. Saluons cette équipe fraîche et authentique de onze comédiens, avec une mention spéciale pour Marie-Laure Girard, qui incarne tour à tour une furie et Floyd, le frère cadet de Barbara. Une fois débarrassée de ses plumes, elle est méconnaissable en gavroche effronté. J’avoue ne pas avoir reconnu les traits de son visage, le son de sa voix… et j’étais au premier rang !
Toutefois, en dépit d’une mise en scène foisonnante d’idées et de la cruauté réjouissante de certaines scènes (celle notamment de la « rédemption » de Barbara), il est regrettable que les furies restent si timorées. On les aimerait plus cruelles, plus teigneuses, à l’image des Érinyes vengeresses. Le contraste avec leur costume de tulle légère et leur aigrette colorée en serait plus saisissant. Laissez-vous aller à la démence, oiseaux de malheur, ébouriffez vos plumes, acérez vos griffes !
De même, dans un souci tout naturaliste, le jeu est très souvent pure illustration du texte, le geste reflet du mot. Ce qui donne parfois une certaine lenteur au spectacle. Des comédiens de ce talent pourraient se permettre plus de décalage, plus de dissonance. Le texte en serait plus grinçant, les travers sociaux plus marqués. La création en reste remarquable et ne demande qu’à gagner en audace. Maturité qu’on leur souhaite pour leurs représentations parisiennes de septembre à décembre 2008 au Théâtre Clavel. ¶
Claire Stavaux
Le Pacte, de Caroline Gaudfrin
Compagnie Les Enfants des sortilèges
06 09 11 02 62 | 01 45 04 54 30
lesenfantsdessortileges@live.fr
www.lesenfantsdessortileges.fr
Mise en scène : Caroline Gaudfrin
Assistante à la mise en scène : Élodie Cammarata
Avec : Clotilde Albert, Sarah Boinaud, Géraldine Brandao, Élodie Cammarata (Audrey Goulay, en alternance), Éléa Clair, Ludovic Doyard, Caroline Gaudfrin, Marie-Laure Girard, Jean-Marie Godonier, Xavier Irigoin, Yves Rocamora
Costumes : Dominique Revault d’Allonnes
Théâtre Golovine • 1 bis, rue Sainte-Catherine • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 86 01 27
Du 10 juillet au 2 août 2008 à 13 h 15
Durée : 1 h 35
15 € | 10 € | 8 €
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