Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par Les Trois Coups
Dur d’y croire…
Par Claire Néel
Les Trois Coups.com
Au théâtre Les Déchargeurs, nous sommes d’abord accueillis par Ludovic, l’administrateur œnologue et sympathique, saute-moutonnant du pastougrain au pineau noir avec aisance et courtoisie : une bonne entrée en matière. « C’est d’enfer », pièce écrite et jouée par Agnès Doolæghe et Bernard Mithieux, nous propose un tout autre univers, dans lequel nous avons du mal à entrer, malgré la générosité débordante des comédiens.
Deux amis d’enfance se retrouvent devant les portes du purgatoire. Ils sont morts, donc. Ensemble. Et revoient le film de leur vie aux côtés d’un ange Gabriel agent d’accueil, du grand saint Pierre le décisionnaire, ou dans le manège hanté du diable. Ils sont censés acquérir un regard objectif sur leur existence, s’assagir sans doute, devenir honnêtes. Tout est bon pour obtenir le ticket qui amène droit au paradis : un test-bilan des B.A. commises, un changement de sexe pour comprendre l’autre, des stratégies de séduction ou les plus viles délations. Mais il n’y a qu’un ticket disponible pour le jardin d’Éden…
Le texte recèle quelques bonnes idées, comme le thème, le fait d’imaginer la mort, les choix qui jalonnent nos vies, des flash-back, qui sont aussi l’occasion de découvrir petit à petit les personnages. Ou encore le décalage loufoque qui transforme ces morts en deux syndicalistes face au temps d’attente devant le guichet de Gabriel, ou grévistes quand on leur annonce qu’un seul des deux pourra aller au paradis. Mais la plupart des ressorts comiques sont attendus et simplement anecdotiques, la surprise trouvant rarement sa place dans ce spectacle.
C’est un peu comme si on nous mâchait tout, comme si on nous imposait de force un mode d’emploi sans nous autoriser à nous projeter plus loin : on voit deux acteurs jouer, mais on ne voit pas de vrais personnages ; on voit deux caricatures, mais on en sent peu l’humanité. Paradoxal pour un tel sujet ! Elle doit être la base, justement, de leur appartenance à un type, cette humanité qui nous ferait réellement rire parce qu’on la connaît et qu’on adore s’en moquer. On ne croit pas à ce que l’on voit, tant pis.
On aurait souhaité plus de nuances dans le jeu des comédiens. Ainsi, l’hystérie démesurée du personnage féminin commence par nous agresser et finit par ne plus nous étonner : elle manque beaucoup trop de vraisemblance. Tout l’aspect technique est toutefois formidablement réalisé, l’écoute entre la régie et les comédiens est parfaite et précise, les « chorégraphies » ne laissent pas dépasser la moindre maladresse et le rythme ne retombe jamais. Cela grâce au régisseur (qui doit allègrement transpirer derrière sa console) et à l’énergie incontestable des comédiens, de plus en plus trempés eux aussi. Ils se donnent sans compter, et c’est tout à leur honneur. ¶
Claire Néel
C’est d’enfer, d’Agnès Doolæghe et Bernard Mithieux
Coréalisation Les Déchargeurs-Arnaud Pupier Production
contact@arnaudpupierproduction.fr
Mise en scène : Tristan Petitgirard
Assistante à la mise en scène : Ariane Zantin
Avec : Agnès Doolæghe et Bernard Mithieux
Lumières : Denis Schlepp
Bande-son : Simon Caby
Les Déchargeurs, salle Vicky-Messica • 3, rue des Déchargeurs • 75001 Paris
Réservations : 0 892 70 12 28 | www.lesdechargeurs.fr
Du 30 septembre au 20 décembre 2008, du mardi au samedi à 20 heures
Durée : 1 h 10
18,50 € | 15,50 € | 13,50 €
Eclipse Next 2019 - Hébergé par Overblog