Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par Les Trois Coups
Des caricatures jubilatoires
Par Claire Néel
Les Trois Coups.com
Après une saison estivale au château de Grignan, Adel Hakim revient chez lui au Théâtre des Quartiers-d’Ivry, accompagné d’une équipe originale de petits-bourgeois provinciaux. Nous redécouvrons un vaudeville d’Eugène Labiche, « la Cagnotte », tout en quiproquos, imbroglios et autres embrouillaminis. La salle est comble, et, chose plus ardue : comblée.
Eugène Labiche a l’art d’entraîner ses personnages dans des situations indépétrables, bien malgré eux, ces arrogants ignorants, mais simplement à cause de leur profonde bêtise… Il le fait en cascades de rebondissements saugrenus, qui les conduisent inévitablement vers quelque chose de pire. Leur vanité les empêche de s’extirper en même temps qu’elle leur bouche tout horizon sur un quelconque apprentissage.
Nous partons en 1864, dans la commune de la Ferté-sous-Jouarre, fière de compter parmi ses habitants une brochette de petits riches qui jouent à la bouillotte. Ils remplissent ainsi le vide d’une existence dont ils ne se rendent même pas compte qu’elle est étriquée. Après des années occupées à ce jeu de cartes, ils cassent enfin la cagnotte constituée assidûment à l’occasion de chaque nouveau brelan. Les avis divergent quant à l’emploi de l’argent, mais la majorité – car il y a vote – décide d’une journée à Paris. Chacun a une raison secrète de s’y rendre, et chacun se gargarise d’être plus malin que l’autre en ayant réussi à convaincre l’assemblée pour ce départ.
© Bellamy
L’épopée des condamnés-à-ne-pas-changer est soutenue par une mise en scène riche et généreuse. Adel Hakim soude entre elles plusieurs formes d’expression, qu’il fait se fondre finalement dans le même métal. Un méli-mélo charmant et judicieusement ficelé : chants, chorégraphies, scénographie en mouvement et en trappes… toute la mécanique est exécutée avec précision et fluidité par les comédiens. Elle nous épargne des baisses de rythme qui auraient pu surgir dans deux heures dix de spectacle. Les costumes et maquillages sont la plupart du temps en noir et en blanc, et font écho à l’atmosphère toutefois hautement colorée des bons films muets. On retrouve ce style dans les axes de jeu des comédiens : leurs personnages sont travaillés physiquement et portent les marques de leurs caractères au travers d’attitudes, de postures et de tics visuels.
Ils pourraient presque porter des masques. Léonida regardant régulièrement sa montre avec une concentration aiguë et un hochement de tête parkinsonnien. Ou Félix et sa blonde mèche rebelle, qu’il remet en place avant ou après chaque pensée vertigineuse. Ou encore les interminables ballets de séduction entre ce même Félix et Blanche… Ces tics, par ailleurs, soulignent les automatismes dans lesquels se réfugie cette petite-bourgeoisie proprette. On la voit engoncée dans des habitudes et des certitudes accumulées à force de bien penser, à force aussi de se conforter dans la haute idée de sa condition.
Jubilant dans ces caricatures, les comédiens sont drôles, parfois hilarants ! Prunella Rivière dans le rôle de Léonida utilise son grand corps et sa fantaisie délirante à merveille, quand François Raffenaud met toute son élégance au service d’un Cocarel intéressé et présomptueux. Jean-Charles Delaume, et son regard pénétrant, passe avec aisance du rôle de Félix à celui du commissaire en les dotant tous deux d’une consistance presque surréaliste. Les comédiens de cette Cagnotte sont bourrés de qualités singulières, et c’est un grand plaisir de les voir réunis. ¶
Claire Néel
La Cagnotte, d’Eugène Labiche
Théâtre des Quartiers-d’Ivry • studio Casanova • 69, avenue Danielle-Casanova • 94200 Ivry-sur-Seine
www.theatre-quartiers-ivry.com
Mise en scène : Adel Hakim
Assistant à la mise en scène : Florian Alberge
Avec : Maryse Aubert, Thierry Barèges, Isabelle Cagnat, Étienne Coquereau, Jean-Charles Delaume, Malik Faraoun, Serge Gaborieau, Nigel Hollige, Prunella Rivière, François Raffenaud et Bruno Paviot (ces deux derniers jouent en alternance le rôle de Cocarel, le premier du 6 au 19 novembre, le deuxième pour la suite)
Chorégraphie : Véronique Ros de la Grange
Scénographie et lumière : Yves Collet
Assistante à la scénographie : Perrine Leclère-Bailly
Assistant lumière : Nicolas Batz
Musique originale : Marc Marder
Directrice de chant : Martine-Joséphine Thomas
Costumes : Agostino Cavalca
Assistanat aux costumes : Dominique Rocher
Son : Anita Praz
Maquillage et perruques : Nathy Polak
Sculptures : Daniel Cendron
Accessoires : Mathieu Bianchi
Construction décors : Espace & Cie
Théâtre d’Ivry-Antoine-Vitez • 1, rue Simon-Dereure • 94200 Ivry-sur-Seine
Réservations : 01 43 90 11 11
reservations@theatre-quartiers-ivry.com
Du 6 novembre au 3 décembre 2008, les mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20 heures, le jeudi à 19 heures, le dimanche à 16 heures, relâche le lundi
Durée : 2 h 10
22 € | 13,50 €
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