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Par Les Trois Coups
Le glissement progressif
de l’asservissement
jusqu’à la démence
Par Vincent Cambier
Les Trois Coups.com
En mars et avril 2006, Alain Timar donne sa trente-huitième création : « Les Bonnes », de Jean Genet, chez lui au Théâtre des Halles. Un très beau travail, dont une interprétation extraordinaire de Lisa Pajon.
Si l’on se fonde sur la revue Détective, qui traitait de l’« affaire » des sœurs Papin en 1933, c’est un horrible fait divers : « Deux anges ? Non ! Deux monstres qui, au Mans, arrachèrent les yeux de leur patronne. Orbites vides, crâne défoncé, mais vivante encore, la victime mourut après une atroce agonie. »
Avec Genet le rebelle, il n’est évidemment pas question de la même chose. Mais bien plutôt de l’exploitation patronale d’une main d’œuvre taillable et corvéable à merci. C’est classe contre classe. Et c’est surtout le point de vue des bonnes qui l’intéresse et qui m’intéresse ici. L’auteur me fait ressentir de l’intérieur à quel point l’asservissement peut faire glisser vers une haine incandescente. La haine la plus pure – comme on dit une drogue pure –, alimentée par le mépris et l’humiliation quotidiens, répétés jusqu’à chosifier la victime. Jusqu’à la démence meurtrière et mentale. Jusqu’à la destruction. Totale et définitive. De sorte que le sacrifice soit consommé jusqu’au calice. Ite, missa est !
J’avoue que, au début, j’ai eu très peur. Quand Claire mime Madame, Odile Grosset-Grange souligne son jeu de manière excessive. Après, ça s’arrange nettement. Marcelle Basso (Madame), elle, tient son rôle correctement. Mais Lisa Pajon (Solange) est extraordinaire de bout en bout.
Quant à la mise en scène d’Alain Timar, c’est un très beau travail. Tout en étant très complexe, très fine, elle reste parfaitement fluide et lisible. La scénographie du même Timar est stupéfiante d’invention. Cette prison de verre et de métal est en osmose totale avec la pièce.
Stanislas Pierre (lumière, décor) et Hugues Le Chevrel ne sont pas en reste et contribuent magnifiquement à la réussite de ces Bonnes à marquer d’une pierre blanche. ¶
Vincent Cambier
Les Bonnes, de Jean Genet (création 2006)
Production : Théâtre des Halles • 84000 Avignon
Mise en scène, scénographie : Alain Timar
Avec : Marcelle Basso (Madame), Odile Grosset-Grange (Claire)
et Lisa Pajon (Solange)
Image, son : Hugues Le Chevrel
Lumière, décor : Stanislas Pierre
Réalisation : Angélique Duchene
Création des costumes : Anna Chaulet
Maquillage : Édith Arnaud
Construction du décor : Théâtre des Halles
Décor floral et accessoires : Élizabeth Baumard
Administration générale : Laurette Paume
Relations publiques : Sophie Choulot
Théâtre des Halles • rue du Roi-René • Avignon
Tél. : 04 90 85 52 57
Réservations : 04 32 76 24 51
Vendredi 24 mars 2006, samedi 25 mars 2006, jeudi 30 mars 2006, vendredi 31 mars 2006 et samedi 1er avril 2006 à 20 h 30 ; dimanche 26 mars 2006 et dimanche 2 avril 2006 à 16 heures
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