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Par Les Trois Coups
Un classique revisité
Par Élise Ternat
Les Trois Coups.com
Le double programme proposé par La Croix-Rousse donne l’occasion de retrouver deux standards que sont « Boléro Variations » et « Swan Lake ». Nous assistons ce soir au premier de ces deux temps forts, où Raimund Hoghe nous invite à explorer le boléro à travers sa version revisitée d’une œuvre majeure de la musique classique.
C’est tout d’abord une petite silhouette que l’on voit se détacher du fond de la scène. Raimund Hoghe s’avance lentement et dessine une ligne de ses mouvements dans une exacte mesure de gestes répétitifs. Puis, ce sont six interprètes qui apparaissent à leur tour, dos au public.
On assiste alors à une montée en puissance sonore, celle du célèbre Boléro de Maurice Ravel. Ce morceau, dont chacun connaît les airs, donne à cette danse une dimension universelle. Le boléro tient ici le rôle de fil rouge et donne à voir, à travers un ensemble de variations, les multiples origines et interprétations de cette danse de bal en trois temps, apparue au xviiie siècle en Espagne. En effet, on retrouve ici des influences hispanisantes, orientalisantes ou des airs de musique d’après guerre. Aux côtés de ce classique, on peut également identifier Besame mucho ou encore Somos novios, eux aussi hérités de la tradition du boléro.
Durant ces divers moments, les interprètes nous offrent des mouvements élégants, volontairement répétitifs et chargés de lenteur. Chaque danseur fait preuve d’une remarquable dextérité et s’exécute indépendamment des autres. Parmi eux, on reconnaîtra la figure féminine d’Ornela Ballestra, ballerine fétiche de Béjart. Quant à Hoghe, tel un gardien, il est toujours là, autour de la scène comme pour délimiter un espace, veiller. La lenteur harmonieuse de la danse laisse parfois la place à des mouvements plus vifs puis à des changements de rythme. Certains passages sont comme des effusions d’énergie. La gestuelle rendue, parfois maniérée, atteste d’une certaine dose d’humour de la part du chorégraphe.
© Rosa Franck
On note beaucoup d’immobilité ainsi que tout un travail sur les mouvements d’épaules et de bras. Ce sont parfois davantage des postures que des déplacements qui sont données à voir. En effet, la gestuelle semble parfois arrêtée, comme contrainte par une impossible mobilité, qui confère aux corps des danseurs l’impression d’une atrophie. Ce choix chorégraphique renvoie à tout l’œuvre de Raimund Hoghe. En effet, le travail du dramaturge se concentre autour d’un élément central, son propre corps et notamment la difformité de son physique : sa bosse. À cette image, Boléro variations est un lieu de questionnement sur les normes et leur traitement à travers l’histoire. Hoghe évoque en effet durant tout un passage de sa pièce la question de la Shoah.
En matière de scénographie, on note une absence de décor ainsi que le choix d’un éclairage très sobre, qui donnent à cette pièce une dimension très épurée. Toutefois, on demeure attentif à la présence subtile de quelques éléments récurrents tels que le talc. Tantôt vaporisé par jets, il renforce le côté comique de certaines scènes, tantôt poudré sur les corps, il acquiert une dimension plus poétique. On retrouve cette même dimension dans l’usage du sable de différentes couleurs disposé par les danseurs en cinq petits tas sur le devant de la scène.
Raymund Hoghe, ex-dramaturge de la célèbre Pina Bausch, nous livre ici une immersion dans l’univers du boléro. C’est avec une grande subtilité qu’il nous en délivre l’aspect répétitif et entêtant. Ainsi Boléro variations est une pièce sensible et saisissante, faite d’instants suspendus. On demeure marqué par la fragilité, l’intensité et la dimension poétique de cette œuvre chorégraphique. ¶
Élise Ternat
Boléro variations, de Raimund Hoghe
Conception et chorégraphie : Raimund Hoghe
Collaboration artistique : Luca Giacomo Schulte
Avec : Ornella Balestra, Lorenzo De Bradandere, Emmanuel Eggermont, Raimund Hoghe, Frédéric Séguette, Yutaka Takei
Lumière : Raimund Hoghe, Monika Gruber
Son : Frank Strätker
Musique : Maurice Ravel, Giuseppe Verdi, Peter Ilitch Tchaïkovski et boléros d’Amérique du Sud
Interprétée par : Marguerite Long, Maurice Ravel, Leonard Bernstein, Robert Casadesus, Benny Goodman, Morton Gould, Pierre Monteux, Maria Callas, Anita Lasker-Walfisch, Chavela Vargas, Pedro Infante, Doris Day, Tino Rossi, Luis Mariano, Mina…
Théâtre de la Croix-Rousse, scène nationale de Lyon • place Joannès-Ambre • 69004 Lyon
Réservations : 04 72 07 49 49
Le 13 novembre 2008 à 20 h 30
Durée : 2 h 10, entracte compris
24 € | 21 € | 12 €
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