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Par Les Trois Coups
La passion d’Édouard
Par Jean-François Picaut
Les Trois Coups.com
Pour cette création au festival « Mettre en scène », l’œuvre de Christopher Marlowe, « Édouard II », nous est présentée dans une nouvelle traduction française d’André Markowicz, avec la collaboration de Cédric Gourmelon, le metteur en scène. Cette pièce que l’auteur a écrite en 1593, un an avant sa mort précoce, à vingt-neuf ans, a produit un effet mitigé sur les spectateurs de la première.
Le rideau, d’un cramoisi du plus bel effet, reproduit le texte de l’œuvre en colonnes serrées, qui m’ont fait irrésistiblement penser à des reliures précieuses soigneusement rangées dans une bibliothèque. Lorsqu’il s’ouvre, nous découvrons progressivement, dans un halo de lumière, le roi Édouard, qui soliloque sur le malheur d’être séparé de son cher ami, Gaveston. On a eu la mauvaise idée de traduire cet aparté par une amplification de la voix chuchotée, grâce à un micro H.F.. Ce nouveau poncif de la modernité technique réussit surtout à nous rendre le texte presque inaudible, et c’est une grande satisfaction quand le roi, dépouillé de son attirail, montre qu’il est capable d’articuler et de se faire entendre.
Le metteur en scène se défend, dans le programme, d’avoir procédé à une lecture historique, et les costumes le montrent de façon claire. Si le roi est vêtu d’une façon qui peut évoquer le seizième siècle, ses pairs portent des capotes kaki, modernes et de différents pays. Le même contraste règne entre les autres personnages, et Gaveston, le favori, est vêtu tantôt à l’ancienne, tantôt à la moderne.
Pas de lecture historique, donc, mais on peut se demander si Cédric Gourmelon, qui se dit « hanté par ce texte, depuis quinze ans déjà », a choisi une autre lecture de ce texte. Est-ce un plaidoyer pour le droit à la passion, et ici, singulièrement, à la passion homosexuelle ? Est-ce un témoignage sur les affrontements entre la monarchie et les grands féodaux ? Entre les aristocrates et les gens sans naissance ? Est-ce une charge contre l’Église et sa corruption ? Tous ces aspects cohabitent, à vrai dire, dans le texte mais, à n’en vouloir privilégier aucun, on risque de rendre la pièce bavarde, et c’est souvent l’impression que j’ai eue.
La langue et le style de Marlowe, que l’on donne d’ordinaire comme des rivaux de ceux de Shakespeare, ne manifestent guère, dans la traduction de Markowicz, cette truculence qui est l’apanage du maître de Stratford-upon-Avon.
« Édouard II »
Les performances réalisées par les acteurs sont très contrastées. Une erreur de distribution ou des choix contestables dans la direction font du roi Édouard un roi d’opérette, dont le jeu déconsidère la passion homosexuelle qu’il revendique : à plusieurs reprises, il fait rire le public à des moments qui devraient être empreints de tension et d’émotion. La reine Isabelle sait être touchante dans son rôle d’épouse aimante mais délaissée, comme dans celui de la femme de pouvoir qu’elle se révèle être, en définitive. Gaveston est inégal mais sublime lorsqu’il descend les marches dans son impeccable costume blanc. Les pairs du roi et son frère, Edmond, comme les autres personnages, tiennent honorablement leur partie.
Je m’interroge encore sur le sens et l’intérêt d’un intermède qui nous transporte dans une boîte interlope, aux allures sado-maso, au son d’une musique tonitruante, apparentée à la techno.
En définitive, ce Troublesome Reign and Lamentable Death of Edward the Second, King of England, with the Tragical Fall of Proud Mortimer – tel est le titre original de la pièce – laisse sur sa faim et ne contribuera pas à faire renaître en France l’intérêt pour l’œuvre de Christopher Marlowe, un des plus grands auteurs élisabéthains. ¶
Jean-François Picaut
Édouard II, de Christopher Marlowe, création
Traduction : André Markowicz, avec la collaboration de Cédric Gourmelon
Parue en novembre 2008 aux éditions Les Solitaires intempestifs
Mise en scène, scénographie, lumière : Cédric Gourmelon
Avec : Guillaume Cantillon, Marion Coulon, Vincent Dissez, Nathalie Élain, Raoul Fernandez, Cédric Gourmelon, Benjamin Guyot, Loïc Le Roux, Antoine Lesimple, Alexandre Pallu, Bruno Pesenti, Christophe Ratandra, Julien Storini
Collaboration artistique : Nathalie Élain
Assistant à la mise en scène : Dominique Chrétien
Costumes : Raoul Fernandez, assisté de Laure Mahéo
Habilleuse : Valérie de Champchesnel
Lumière : Cyril Leclerc
Son : Matthieu Dehoux (Moujik)
Accessoires, plateau, construction : Antoine Hordé
Chargé de production : Ronan Martin
Couture : Anne Blanchard, Ève Le Trévédic, Carole Martinière, Claire Merian, et les stagiaires couture : Annabel Cartellas, Florence Messé
Régie lumière : Vincent Marquet, Ludovic Morel
Régie son : Vincent Buret
Régie plateau : Philippe Marie
Théâtre national de Bretagne, centre européen théâtral et chorégraphique • 1, rue Saint-Hélier • 35000 Rennes
Billetterie : 02 99 31 12 31
Mardi 11 novembre 2008, mercredi 12 novembre 2008, jeudi 13 novembre 2008, vendredi 14 novembre 2008 à 20 heures, samedi 15 novembre 2008 à 16 heures
Durée : 3 h 30, entracte compris
Entrée : 5 €
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