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Par Les Trois Coups
Un « satisfecit » sans mesure
Par Olivier Pradel
Les Trois Coups.com
Jean-Yves Ruf crée à la M.C.93 de Bobigny une adaptation de « Mesure pour mesure » de Shakespeare, sur une nouvelle traduction d’André Markowicz, publiée le même mois aux Solitaires intempestifs. Et signe une magistrale mise en scène de cette « comédie à problèmes », qui mêle la comédie au drame politique et à la réflexion éthique.
L’Angelo de Mesure pour mesure est à Vienne ce que Savonarole est à Florence. Face à une cité qui s’enlise dans la tiédeur morale, celui que le duc de Vienne a mis au pouvoir en son absence entend réformer les mœurs. Confronté à une affaire de fornication entre fiancés – qu’il juge passible de mort –, Angelo rencontre Isabelle, la sœur du condamné, dont il s’éprend.
Dans ce dialogue entre deux vertus, celle qui se corrompt au point d’abuser d’autrui et celle qui demeure inflexible aux appels des liens du sang, émergent des figures plus humaines : celle de Claudio, le frère à la conscience droite mais que la loi humaine condamne ; celle de Marianne, en fiancée bafouée qui obtient enfin justice ; celle d’Escalus, en serviteur fidèle et juste à l’esprit des lois ; celle enfin du duc, gouvernant mesuré qui s’enquiert de ce qui se fait dans son royaume en son nom.
« Mesure pour mesure » | © Mario Del Curto
Les amoureux de Shakespeare retrouveront avec plaisir sa fougue et son indécence dans cette mise en scène de Ruf. Du bordel féllinien de Mme Foutue à l’austère palais ducal, ils se délecteront d’une mise en scène enlevée, scandée par les couperets des portes qui claquent en annonce de la lame du bourreau au kilt noir, qui ne fera pas son office. Ils goûteront dans ce spectacle complet l’intrigue politique, la dérision des génuflecteurs, la dénonciation de la vertu religieuse, qui se fait inhumaine.
Car tel est la pointe de cet impeccable spectacle : alors que de nouveaux dévôts et tartuffes se lèvent, docteurs d’une vertu qui a perdu son âme, il est de grand profit d’observer à nouveau les choix d’Angelo et d’Isabelle. Le premier, incarné avec grand talent par le comédien français Éric Ruf, frère du metteur en scène, est torturé par un désir qui le brûle et s’exprime dans une violence qu’il ne peut contenir. La seconde est jouée avec une légère affectation par Laetitia Dosch, qui peine à trouver le ton et le timbre de voix justes, campant une vierge immaculée insensible mais hélas par trop éthérée. Le jeu de Dosch n’a ni l’innocence d’une Suzanne harcelée par les vieillards, ni l’inflexible froideur d’une Parque mais plutôt la nunucherie d’une pauvre fille.
Parmi tous ces modèles de vertu, le spectateur pourra à loisir choisir celui qui lui convient le mieux. Pour ma part, ce sera le Lucio joué par Pierre Hiessler : il se démène pour que justice soit rendue à son ami, il s’arrange des lois pour ménager les personnes, court les jupons, se fourvoie dans ses éloges et ses railleries au point de s’attirer les foudres des puissants, avant d’être contraint à un mariage auquel ses préjugés lui interdisaient de consentir. Il reste à chacun de trouver son parangon. ¶
Olivier Pradel
Mesure pour mesure, de William Shakespeare
Traduction : André Markowicz
Mise en scène : Jean-Yves Ruf
Assistante à la mise en scène : Christelle Carlier
Avec : Christelle Carlier (Juliette), Jean-Jacques Chep (Escalus), Jérôme Derre (le duc, frère Ludovic), Laetitia Dosch (Isabelle), Noémie Dujardin (Marianne), Jacques Hadjaje (prévôt), Pierre Hiessler (Lucio), Xavier Legrand (Ducoude, un gentilhomme, frère Thomas), Igor Mendjisky (Claudio), Laurent Ménoret (Mme Foutue, Abhorson, frère Pierre), Éric Ruf (Angelo), Alexandre Soulié (Pompay, le bouffon), Jacques Tresse (Lamousse, Bernardin, un gentilhomme)
Scénographie : Laure Pichat
Costumes : Claudia Jenatsch
Lumière : Christian Dubet
Son : Jean-Damien Ratel
Perruques : Cathy Dupont
Maquillage : Fatira Tamoune
M.C.93 Bobigny • salle Oleg-Efremov • 1, boulevard Lénine • B.P.71 • 93002 Bobigny cedex
Métro : Bobigny - Pablo-Picasso
Réservations : 01 41 60 72 72 (du lundi au samedi, de 11 heures à 19 heures) ou 01 41 60 72 78 ou www.mc93.com
Du 7 novembre au 2 décembre 2008, du lundi au samedi à 20 h 30 ; dimanche à 15 h 30 (sauf les mardis 18 et 25 novembre 2008 à 19 h 30). Relâche les mercredi et jeudi et du 10 au 13 novembre 2008
Durée : 3 heures, avec entracte
25 € | 17 € | 9 €
Tournée en 2008 :
– 4 au 6 décembre, scène nationale de Sénart, Combs-la-Ville
– 10 au 13 décembre, Opéra-théâtre de Besançon
– 16 au 19 décembre, Théâtre de Caen
Tournée en 2009 :
– 7 au 10 janvier, La Comédie de Reims
– 15 au 17 janvier, La Comédie de Clermont-Ferrand
– 22 au 23 janvier, Association bourguignonne culturelle (A.B.C.)
– 3 février, Le Carreau, scène nationale de Forbach et de l’Est mosellan
– 5 au 7 février, Le Maillon, Strasbourg
– 10 février, Théâtre de Corbeil-Essonnes
– 18 et 19 février, Le Granit, scène nationale de Belfort
– 23 février au 7 mars, Théâtre Vidy-Lausanne (Suisse)
– 10 au 11 mars, Maison de la culture d’Amiens
– 14 au 16 mars, Le Trident, scène nationale de Cherbourg-Octeville
– 19 et 20 mars, Théâtre de Cornouaille, scène nationale de Quimper
– 24 et 25 mars, Le Festin, centre dramatique national de Montluçon
– 31 mars, Nuithonie, Villars-sur-Glâne (Suisse)
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