Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par Les Trois Coups
« Quelle mort à la carte ? »
C’est l’heure de la fin pour la jeune et anonyme D.B. Nous pénétrons dans un lieu ténébreux mais pourtant chaleureux afin d’y entendre ses dernières volontés. Est-il possible de choisir sa mort ? Et quelle mort serait-il préférable d’élire ?
La scène s’ouvre sur un air d’oraison funèbre, que le pianiste-minuteur s’amuse à rendre mélodramatique. Au centre, un cercueil ouvert dans lequel repose une jeune femme aux yeux grands ouverts. Un homme debout, stoïque, lui annonce sa fin, soixante minutes non négociables. Mais les avantages du marketing mortuaire permettent à l’héroïne de choisir sa mort.
Elle sort donc de son cercueil douillet (qui semble étrangement confortable et donnerait presque envie de s’y blottir) pour procéder à l’énumération des possibilités : suicide, tumeur, accident, etc. Que prendrez-vous dans le menu ? Rien, car même si chacune de ces morts est mise en scène et agrémentée selon le contexte d’un morceau de piano jazzy, de guitare ou mandoline, D.B. ne se laissera pas faire…
Si l’on ne veut pas choisir sa mort pour la simple et bonne raison que l’on ne veut pas mourir, comme se détourner du chemin de la Faucheuse ? Séduire son représentant commercial en lui faisant connaître… l’orgasme ! Drôle de procédé mécanique qui n’est pas sans surprendre les spectateurs : il fallait penser à ce rapprochement entre petite et grande mort !
© Greg Semu
La pièce laisse une grande part à l’humour noir par son atmosphère sordide et décalée. Il m’a pourtant semblé que le potentiel du sujet n’était pas entièrement exploité. Les idées sont bonnes, mais ne prennent pas toujours une vraie consistance. S’engager sur un thème comme la mort au travers d’une fiction amusante est certes un grand projet. Il manque ici malgré tout d’envergure. Les personnages existent, c’est un fait, et nous suivons l’histoire. Pour autant, nous comprenons vite vers quelles contrées nous sommes emmenés. Seule la fin surprend et donne davantage de sens aux questions posées que le reste de la pièce.
En ce qui concerne le débit de parole, il est souvent trop rapide et l’enchaînement des séquences se fait parfois avec lenteur. Ce manque de rythme fait parfois décrocher l’attention.
Néanmoins, accordons le bénéfice du doute à cette première représentation. Et, malgré ces petites instabilités scéniques, le texte reste tout de même bien servi. Quoi qu’il en soit, le sujet étant intrigant, nous ne sortons pas du théâtre sans quelques réflexions sur notre rapport avec Mme la Faucheuse : le pari est donc en partie gagné ! ¶
Louise Pierga
Les Trois Coups
Kiss D.B. ou l’Histoire d’une mort sans fin, de Lise Martin
Compagnie Jetzt • 41, rue Carnot • 93230 Romainville
01 48 40 38 22
Mise en scène : Elise Mc Leod
Avec : Deborah Banoun, David Seigneur, Raphaël Maillet (piano, guitare et mandoline)
Création lumière : Samuel Zucca
Théâtre de l’Essaïon • 6, rue Pierre-au-Lard • 75004 Paris
Réservations : 01 42 78 46 42
Du 5 janvier au 16 février 2009, les lundi et mardi à 21 h 30
Durée : 1 h 15
12 € | 18 €
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