Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.

Publicité

« Mars », de Fritz Zorn (critique de Diane Launay), Théâtre Sorano à Toulouse

Le soleil noir de « Mars »

 

Stefan Delon s’empare avec un grand talent du roman génial de Fritz Zorn, « Mars », ou l’histoire d’une névrose qui se transmue en cancer. Une œuvre noire, fascinante et étincelante à voir absolument.

 

Il est des auteurs méconnus qui disparaissent après nous avoir légué une œuvre unique, la quintessence de leur génie : Fritz Zorn est de ceux-là. À l’âge de trente ans, il apprend qu’il est atteint d’un cancer. Il échange son patronyme, « Angst » qui signifie littéralement « angoisse » pour celui de « Zorn » : « colère ». Refusant tout apitoyement, Zorn s’arme de cynisme et d’humour noir pour dresser un portrait assassin de la société bien-pensante qui l’a « éduqué à mort ». Mars, selon son narrateur lui-même, ce n’est pas une autobiographie, mais l’histoire d’une maladie de l’âme contractée dans l’ennui et le conformisme de la grande bourgeoisie de Zurich. Une maladie qui n’est que le symptôme extérieur le plus apparent d’un dysfonctionnement profond, d’une incapacité à jouir de la vie, de l’absence de toute spontanéité de goût et de sentiment.


© Marc Ginot


Une sorte de Marcel Proust dopé à la ferveur révolutionnaire et à l’humour corrosif : Fritz Zorn excelle ainsi à disséquer les faiblesses et les lâchetés de tout un milieu qui ne vit que pour la représentation parfaite qu’il donne de lui-même. En toute circonstance, il s’agit avant tout de ne pas « déranger », voire d’être « correct plutôt que vivant », de ne jamais se mettre à découvert, de s’autopersuader de son propre bonheur. Une vie plus morbide et insupportable que le cancer lui-même. Selon Zorn, toute classe sociale (ici, la bourgeoisie) devient le mal en soi lorsqu’elle s’identifie au calme, à la tranquillité absolue, à la mort de l’âme de l’individu face à la communauté. L’œuvre de Zorn est donc proprement révolutionnaire, puisque par la dénonciation de l’hypocrisie et de la fausseté d’une société il devient lui-même la cellule maligne qui contamine le corps social tout entier : il est le symptôme vivant du « déclin de l’Occident ».


Depuis près de dix ans, Stefan Delon était hanté par le désir de présenter au théâtre l’œuvre romanesque de Fritz Zorn. On ne peut que se réjouir de ce que son rêve soit devenu réalité ! D’autant que la qualité extraordinaire du texte ne doit pas accaparer tous les éloges : Stefan Delon réussit une performance véritablement prodigieuse. Avec une sobriété de ton parfaite et un cynisme de dandy, il parvient à faire résonner chaque mot, chaque tournure de phrase de Zorn. Les commentaires des parents coincés et les tics de langage de la haute société de Zurich prennent ainsi une réalité hilarante et effrayante à la fois. Stefan Delon aime passionnément son texte, et il a fait sienne la rage de Zorn, son énergie fulgurante, sans jamais tomber dans le pathos ou dans l’exposition mièvre de ce destin tragique. Stefan Delon cultive vis à vis de son personnage la juste distance que met Zorn entre lui et sa maladie : pas d’autoapitoiement, pas de psychothérapie. Juste une séance d’électrochocs, un cri de guerre contre tous les enfermements et les conformismes, contre la tranquillité morbide de la bourgeoisie bien-pensante. Un cri salvateur, qui proclame la nécessité vitale du risque et du mouvement contre la morbidité de la sécurité à tout prix. 


Diane Launay

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Mars, de Fritz Zorn

Adaptation et mise en scène : Stefan Delon

Avec : Stefan Delon

Traduction : Gilberte Lambrichs (éditions Gallimard)

Environnement sonore : Stefan Delon et Mathias Beyler

Assistant à la mise en scène et garde-fou : Mathias Beyler

Lumières : Martine André

Esquisse scénographique : Daniel Fayet

Conseils costumes : Pascaline Duron

Production U Structure nouvelle

Théâtre Sorano • 35, allées Jules-Guesde • 31000 Toulouse

www.theatresorano.com

Réservations : 05 34 31 67 16

Bus nº 1, arrêt Jardin-Royal, bus nº 24, arrêt Ozenne

Métro : Carmes ou Palais-de-Justice (ligne B)

Du 15 au 17 janvier 2009, jeudi à 20 heures, vendredi et samedi à 21 heures

Durée : 1 h 15

Tarifs de 9 à 19 €

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article