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Par Les Trois Coups
Étrange être-femme
Par Claire Néel
Les Trois Coups.com
Lola Molina et Lélio Plotton ont décidé, il y a juste deux ans, de fonder une compagnie où l’écriture et la forme scénique avanceraient ensemble. C’est ainsi que la compagnie Léla arrive au Théâtre de la Jonquière, attentif à la jeune création. En explorant « Jocaste », ils questionnent avec délicatesse l’univers complexe de l’« être-femme ».
Ils cherchent dans ses doutes, ses paradoxes, ses ambiguïtés et sa réalité concrète, pour tenter de savoir comment va l’humanité féminine. Comment marche-t-elle ? D’ailleurs son fonctionnement doit-il fatalement obéir à des règles ? Et le veut-elle, Elle ? Elle, le personnage phare de la pièce, a besoin de mettre un instant sur « pause » le quotidien de sa vie, pour mieux y revenir, pour ne plus se sentir étrangère au monde. Nécessité absolue et instinctive. Pour Elle, « la gueule des gens a changé », ils ont l’air « méchant », elle ne peut plus sortir dans la rue sans douleur. Alors, elle se réfugie dans une sorte de clinique où souvenirs, rêves et rencontres vont la ramener à l’intérieur d’elle-même.
L’écriture de Lola Molina est assez captivante. Elle assemble les mots concis et les justes silences pour guider le spectateur et l’inclure dans son son univers, en lui laissant une belle part de mystère où son imagination peut s’engouffrer. Nous avons tout l’espace de voir entre les lignes sans pour autant être abandonnés. Les situations sont multiples, rêvées ou réelles, nous baladant d’un plateau télévisé à l’intimité d’une chambre d’hôpital. Le ton est donc variable et le vocabulaire se décale de la situation pour installer une dimension tragique empreinte d’humour. Elle, sur le point d’avorter, confie qu’elle trouve agréable l’examen gynécologique (« il n’y a rien d’autre à faire que de regarder le plafond »), là au moins on « met des gants pour toucher [sa] chatte », et Elle ne se sent pas « classée monument historique ». On sourit.
Lélio Plotton met en scène l’étrangeté. Il accentue la confusion entre la part réelle et la part onirique du texte en basculant de l’une à l’autre presque insensiblement. Il organise pourtant des espaces très différents, mais les impose avec tellement de douceur que l’on n’est jamais certain de là où l’on se trouve. Évènement ou fantasme, la vérité se situe sans nul doute entre les deux. L’étrangeté apparaît aussi dans la manière de parler des comédiens, plutôt lente, posée et mordante. Ainsi, tout se fait entendre, même les choses tues, mais c’est… malgré tout sans froideur ! On se demande parfois si cette diction légèrement spéciale est maîtrisée ou non, tant le fil est ténu, tant cette bizarrerie peut sembler familière. Cela multiplie encore l’impact de l’humour sous-jacent, au détour d’une formule incongrue prononcée avec application. Pauline Sotto, la comédienne protagoniste, sait particulièrement maintenir notre attention et faire en sorte que l’on ait de l’intérêt pour cette femme universelle et son désir de « bouger ». ¶
Claire Néel
Jocaste, de Lola Molina
Compagnie Léla • 10, rue Fourcade • 75015 Paris
06 68 62 73 23
Mise en scène : Lélio Plotton
Aide à la scénographie : Lucile Réguerre
Avec : Pauline Sotto, Alexandra Seringe, Mathilde Van den Boom, Pierre-Georges Molina
Création lumière : Anne Muller
Théâtre de la Jonquière • 88, rue de la Jonquière • 75017 Paris
Réservations : 06 72 42 78 54 ou compagnie.lela@yahoo.fr
Du 21 au 24 janvier 2009 à 20 heures
Durée : 1 h 15
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