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Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.

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« Quand le monde était vert », de Sam Shepard et Joseph Chaikin (critique), Manufacture des abbesses à Paris

« Il faut sept générations pour qu’une insulte soit effacée ! »


Par Sonia Déchamps

Les Trois Coups.com


Lieu de création, la Manufacture des Abbesses propose avec « Quand le monde était vert » un spectacle singulier et novateur. Poésie et musique s’entremêlent avec douceur, mais sans toutefois réussir à réellement transporter le spectateur.

Quand le monde était vert a le mérite de se démarquer de beaucoup d’autres pièces présentées actuellement. En effet, ce spectacle innove, étonne, dépayse… et rien que pour cela, il est à encourager !

L’histoire est celle d’un vieil indien qui se retrouve en prison après avoir empoisonné un homme. Il pensait (à tort) qu’il s’agissait du descendant de la famille qui, à l’époque de son arrière-arrière-arrière-arrière grand-père, avait empoisonné la mule de sa propre famille. Une histoire de vengeance, donc. Or « dans notre pays, il faut sept générations, près d’une centaine d’années, pour qu’une insulte soit effacée ! Ensuite, seule une femme peut effacer cette insulte », dit la fable du chef indien. Emprisonné donc, le vieil indien reçoit la visite d’une jeune femme, qui s’intéresse à lui, cherche à comprendre son acte, à connaître son histoire.

Le décor est minime et pourtant efficace : un banc et des barreaux mobiles. Ces derniers sont très habilement utilisés et permettent, dès la première scène, de faire comprendre au spectateur qu’il est question de prison. Les comédiens finissent, tout aussi habilement, par s’en affranchir, la mise en scène se suffisant à elle-même.

La présence d’un musicien (Timothée Couteau) et le jeu entre celui-ci et les deux comédiens principaux sont très intéressants. Car le son de la flûte se marie parfaitement à la voix rauque du vieil indien (Michel Carnoy). De ce mariage naît une mélodie pleine de poésie. Le musicien, s’il est à part (tout de noir vêtu, s’immobilisant, le regard fixe, dans le vague, lorsque le dialogue entre les deux comédiens reprend), ne se trouve pas pour autant mis en dehors du dispositif scénique. Un réel jeu opère avec ce dernier : il est à la fois dans et hors de l’histoire. Au fur et à mesure de la pièce, les échanges avec lui se font de plus en plus fréquents, que ce soit par le regard ou par les mouvements. Un jeu d’attraction-répulsion, scénographiquement très pertinent, est mis en place, jusqu’au contact physique final.

Très convaincante dans un premier temps, l’interprétation des comédiens semble pourtant, au final, desservir quelque peu la beauté du texte. Non pas que le vieil indien et la jeune femme paraissent « faux », mais plutôt que les comédiens usent trop d’un même registre d’un bout à l’autre de la pièce.

Marie Le Cam, dans la première scène, impressionne, touche. Alors qu’elle parle au vieil indien, ses yeux brillent, sa voix est porteuse d’émotion. Et puis le spectacle suit son cours, et toujours ce même regard, cette même voix à la limite du sanglot, les mêmes intonations. Bien entendu, cela colle plutôt bien aux propos qu’elle tient, mais il est dommage qu’elle ne soit pas parvenue (ou n’ait tout simplement pas tenté) à varier le ton.

La voix de Michel Carnoy semble particulièrement se prêter au rôle du vieil indien. Rauque, un peu cassée, elle est perçue comme celle d’un homme qui a traversé de nombreuses épreuves durant sa vie. Cependant, comme la comédienne, s’il séduit dans un premier temps, il finit par lasser quelque peu. En effet, tout ne peut pas reposer uniquement sur « une voix ». Les moments où il se retrouve seul et évoque des souvenirs douloureux, des épisodes de sa vie, il ne parvient pas à toucher réellement le spectateur. Ainsi, si la voix se suffit à elle-même pendant un moment, ce n’est pas le cas sur la durée entière du spectacle.

Par le choix du texte, la mise en scène, l’intégration de la musique… Quand le monde était vert se distingue. Mais cette distinction ne lui permet pas de se faire réellement « une place ». À défaut d’être un réel tour de force, cette pièce, à la personnalité propre, n’en reste pas moins à l’origine d’un moment très agréable, emprunt d’une réelle poésie. 

Sonia Déchamps


Quand le monde était vert, de Sam Shepard et Joseph Chaikin

Compagnie Ah ! • 8, rue des Acacias • 75017 Paris

01 46 22 68 08

cie.ah@free.fr

http://cie.ah.free.fr

Mise en scène : Antoine Herbez

Avec : Michel Carnoy, Marie Le Cam, Timothée Couteau

Lumières : Pascal Laajili

Musique : Timothée Couteau

Décor : Guiilaume Parra et Céline Martinet

Costumes : Cylla Carnoy

Manufacture des abbesses • 7, rue Verron • 75018 Paris

Réservations : 01 42 33 42 03

Métro : Abesses, Blanche

Du 17 février au 11 avril 2009 à 19 heures, relâche les dimanche et lundi

Durée : 1 h 10

24 € | 13 €

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C
Votre critique est équilibrée et reconnaît au spectacle ses mérites ; mais je serais encore plus positive que vous. J'ai été touchée par les comédiens et notamment par Michel Carnoy, dont le corps et la voix transmettent bien l'émotion du texte. Je n'ai pas été gênée que les comédiens restent sur un registre assez constant puisque le spectacle est court et le propos plutôt constant. En outre, on ressent tout de même assez bien le passage de la méfiance réciproque à la tendresse partagée.Pour le courage de monter une pièce peu connue et pour les interprètes, je recommanderai vraiment d'y aller.
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