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Par Les Trois Coups
« Amédée »,
ou comment s’ennuyer
Par Claire Néel
Les Trois Coups.com
Roger Planchon, figure importante de la décentralisation théâtrale, vient à Paris et plus précisément au Théâtre Silvia-Monfort, avec sa dernière mise en scène : « Amédée ou Comment s’en débarrasser ». Il tient le rôle-titre de cette pièce d’Eugène Ionesco. Et, si l’originalité du texte est pleine de délices, le spectacle, lui, ne satisfait pas notre appétit de théâtre et frustre notre imagination.
L’histoire est pourtant stimulante à tous points de vue : un couple vit enfermé depuis quinze ans dans un petit appartement, absent du monde, à cause d’on ne sait quelle raison, qui prend la forme d’un cadavre. Le corps mort est installé dans la meilleure pièce de la maison, à savoir la chambre à coucher du couple. Il change à vue d’œil, car, c’est bien connu, « les morts vieillissent bien plus vite que les vivants », et grandit démesurément jusqu’à briser les portes et les murs de l’appartement, semant des champignons vénéneux dans tous les coins. Il est le symbole d’une faute ou d’un sentiment de culpabilité, qui lie et oppresse cet homme et cette femme. Mais comment s’en débarrasser ? Comment reprendre son envol ?
Pour le couple, la présence du cadavre est une habitude : leur vie s’est organisée autour d’elle. Lui est écrivain en manque d’inspiration (deux lignes écrites en quinze ans) et elle est standardiste. Même si elle met manteau et chapeau pour aller travailler, ce n’est que pour faire dix pas et se dévêtir à l’autre extrémité de l’appartement, où est aménagé son standard téléphonique. On sent bien, entre cette vie loufoque et ce cadavre incongru, tous les possibles qu’offre cette pièce. Malheureusement, les dimensions atteintes restent trop près du sol et l’on a l’impression d’assister à un mauvais boulevard (je ne dénigre pas ce genre, attention !) ponctué de quelques extravagances… Bref : c’est lourd.
© Philippe Guérillot
Les idées exploitées par la mise en scène ne servent que cette pesanteur assommante, rien ne transforme le propos du texte en une autre réalité. Les projections d’images montrant en gros plan les déboires du couple ne nous renvoient pas à l’autre côté qu’elles voudraient nous dévoiler. On n’y voit que ce que l’on voit déjà sur scène, en plus gros (encore !). Alors à quoi bon ? De même, la venue récurrente d’un travesti commence par être drôle, puis nous lasse par sa répétition dont on ne perçoit pas le sens, car l’absurde doit avoir sa logique pour nous toucher un tant soit peu.
Malgré tout, on sent que Roger Planchon s’amuse sur scène, nuance son personnage, tente de lui donner une vie intérieure. Mais sa partenaire, Colette Dompiétrini, reste à l’extérieur. Elle semble s’être fixée sur des rails qu’elle ne lâchera pas d’un bout à l’autre du spectacle. On dirait que son personnage n’est capable que de deux ou trois émotions différentes et d’une unique façon de s’exprimer, c’est-à-dire un ton de reproche égal dont on connaît vite la musique. Or ces trois notes-là nous exaspèrent rapidement. Pas d’envol avec ce spectacle… C’est énervant ! ¶
Claire Néel
Amédée ou Comment s’en débarrasser, d’Eugène Ionesco
Production Studio 24, Compagnie Roger-Planchon • 24, rue Émile-Decorps • 69100 Villeurbanne
04 37 69 79 79
Mise en scène : Roger Planchon
Assistant à la mise en scène : Patrick Séguillon
Avec : Roger Planchon, Colette Dompiétrini, Patrick Séguillon
Musique de scène : Stéphane Planchon
Décor créé et réalisé au T.N.P. de Villeurbanne
Théâtre Silvia-Monfort • 106, rue Brancion • 75015 Paris
Réservations : 01 56 08 33 88
Du 4 mars au 19 avril 2009, les mardi, vendredi et samedi à 20 h 30 ; les mercredi et jeudi à 19 heures, le dimanche à 16 heures
Durée : 1 h 35
22 € | 15 €
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