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Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.

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« Amédée ou Comment s’en débarrasser », d’Eugène Ionesco (critique), Théâtre Silvia-Monfort à Paris

Quand Ionesco fait
du boulevard


Par Lise Facchin

Les Trois Coups.com


À l’occasion du centenaire de la naissance d’Eugène Ionesco, le Théâtre Silvia-Monfort accueille la compagnie Studio 24 - Roger-Planchon, qui présente « Amédée ou Comment s’en débarrasser ». Un spectacle qui ne parvient pas à dépasser le premier degré de ce texte (ne comptant certes pas parmi les plus subtils d’Ionesco), malgré une recherche manifeste du décalage. On constate également dans la scénographie, un favoritisme révoltant, pour les spectateurs placés côté jardin… je m’insurge !

C’est une histoire d’amour sans âge : on se rencontre, on s’aime, on se marie, on vieillit ensemble, on s’aigrit, on s’habitue… et un jour on se demande où est passé l’amour. Là où surgit l’originalité de l’auteur de la Cantatrice chauve, c’est que dans l’appartement d’Amédée (écrivain infécond) et de Madeleine (standardiste dans un coin du salon) pousse un cadavre. On ne sait jamais vraiment de qui il s’agit, ni ce qui s’est passé réellement, et les vieux époux ne sont eux-mêmes plus capables de démêler les fils de l’histoire vieille de quinze ans. Ce mort envahit de plus en plus leur espace de vie et provoque l’apparition de champignons vénéneux un peu partout. Voilà pour le contexte narratif.

La scénographie, tout au long du spectacle, est un capharnaüm assez surprenant, et particulièrement pendant la première partie qui se déroule exclusivement dans un petit appartement parisien. Un mur de fond rayé rose et blanc (comme tous les pans de mur), une table de salle à manger, une fenêtre aux volets violets (horreur !) et une patère. Côté jardin et côté cour, deux cubes resserrant l’espace et comportant une porte donnant soit sur la cage d’escalier soit sur la chambre, où grandit le cadavre, côté cour. Alors, forcément, si vous êtes placé, comme c’était mon cas, à l’extrémité d’un rang côté cour, vous ne percevez pas grand-chose de ce qu’il advient dans cette fameuse chambre !

Suspendues au-dessus du décor, des miniatures de ce même décor… dont la présence reste un mystère à mes yeux. En avant-scène, côté jardin un cadre lumineux dont je n’ai jamais pu voir que la fine tranche… Vous voyez bien que je n’exagère rien : les spectateurs à jardin sont bel et bien favorisés !

De temps en temps, au sommet du cube à jardin, apparaît un ersatz de Maurice Chevalier, qui fait du playback sur des chansons rétro pendant que les comédiens dansent et lui donnent la réplique. C’est vraiment drôle la première fois, marrant la seconde, mais à la cinquième… on est un peu lassé tout de même ! À trois reprises pendant le spectacle, un ciel bleu et parsemé de petits nuages blancs très mignons est venu séparer l’avant-scène du fond. Changement de décor ? Certes, mais pourquoi, pourquoi ce ciel ? Des projections aussi ponctuent la représentation : ce sont des scènes appartenant à la narration, une tentative de modernisme assez étrange.

© Pascal Chantier

La seconde partie de la scénographie est plus intéressante parce que vraiment créative du point de vue de la figuration des espaces (l’appartement, la rue, les escaliers, un bordel, Paris la nuit…). Du point de vue esthétique, elle également plus réussie peut-être parce que mieux construite et plus sobre.

S’il faut parler des comédiens, on peut dire que Roger Planchon s’amuse. Ah ça ! C’est une évidence ! Il est juste, drôle, et campe un vieux pantouflard assez touchant. Impossible hélas d’en dire autant de sa partenaire, Colette Dampiérini, dont le jeu mécanique est d’un ennui terrible : son état n’évolue jamais, et l’on pourrait sans peine prédire l’intonation de ses répliques tant elles répondent à la même rythmique. Comme un élève médiocre récite des alexandrins en s’appliquant… Patrick Séguillon, quant à lui, remplit très bien son office de comédien multirôles. Je lui dois mon seul éclat de rire du spectacle : que vous parvenez à vous prendre le mur de façon naturelle, M. Séguillon !

Au-delà d’un gros problème de rythme général, il me semble que le reproche le plus important que l’on puisse faire à ce spectacle, c’est son manque de clarté évident. Il me plaît beaucoup de demander leur avis à des spectateurs au hasard, lorsqu’un spectacle m’a semblé faible. J’ai donc été recueillir quelques avis. « Mais alors-là, la fin… j’ai vraiment rien compris, et puis ce cadavre ? » Ces interrogations revenaient dans toutes les bouches…

Un premier degré permanent, une paresse intellectuelle sensible, des fauteuils rembourrés, un jeu superficiel, nous avons l’impression de voir un Feydeau au Théâtre Édouard-VII. Ce n’est pas un compliment. 

Lise Facchin


Amédée ou Comment s’en débarrasser, d’Eugène Ionesco

Compagnie Studio 24 - Roger-Planchon • 24, rue Émile-Decorps • 69100 Villeurbanne

04 37 69 79 79

Mise en scène : Roger Planchon

Assistant à la mise en scène : Patrick Séguillon

Avec : Colette Dampiérini, Roger Planchon, Patrick Séguillon

Musique de scène : Stéphane Planchon

Décors : Jacques Brossier

Théâtre Silvia-Monfort • 106, rue Brancion • 75015 Paris

Réservations : 01 56 08 33 88

www.theatresilviamonfort.com

Métro : Porte-de-Vanves (ligne 13)

Du 4 mars au 19 avril 2009, mardi, vendredi et samedi à 20 h 30 ; mercredi et jeudi à 19 heures et le dimanche à 16 heures, relâche le lundi, représentations surtitrées en français pour les publics sourds et malentendants : jeudi 19 mars, dimanche 22 mars, mardi 24 mars, mercredi 8 avril, vendredi 10 avril 2009

Durée : 1 h 35

De 28 € à 14 €

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