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Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.

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« Au hasard des oiseaux », de Jacques Prévert (critique), Les Déchargeurs à Paris

Intime idée


Par Lise Facchin

Les Trois Coups.com


Prévert, c’est le poète de la vie, de l’amour simple, de l’homme dont l’âme fait la beauté. C’est le bricoleur de sublime, avec des mots pétris d’humilité et des images d’enfant, avec un amour tendre qui s’émerveille d’un lever de soleil sur les toits de Paris. C’est aussi le révolté qui jongle avec les vers pour moquer les pompeux alexandrins de la guerre dévoreuse. Le spectacle musical présenté aux Déchargeurs est admirable de fidélité tout en montrant une véritable appropriation des textes. Sincère, émouvant et nu.

On descend dans une petite cave voûtée du dix-huitième siècle, aménagée de tables de café et de bancs. La salle s’appelle « la Bohème » et porte bien son nom. On s’y sent loin, on s’y sent caché, on s’y sent seul et bien, à l’abri de l’hyperconnectivité, de la sociabilité à outrance, de la communication. Au calme, quoi.

Sur la scène, un piano droit, une contrebasse couchée sur le flanc, un tapis à fleurs, des petits oiseaux et, déjà, une poésie latente. On attend. Puis le spectacle commence, les trois hommes sortent du passage menant à une seconde cave et viennent saisir leurs instruments. C’est Nicolas Vaslier au piano qui amorce le florilège. Un piano qui, s’il est nourri de la légèreté du jazz, parle toutes les langues. Bientôt, il est rejoint par la contrebasse de Laurent Sauvageot qui vient entourer la mélodie de ses bras fraternels, et puis la voix d’Antoine Régent vient compléter l’ensemble.

Le choix des textes, parfois liés les uns aux autres sur une même composition musicale, témoigne d’une vraie lecture des recueils de Prévert, et beaucoup seront surpris de ne reconnaître qu’un ou deux poèmes. C’est pourtant tellement bon de découvrir encore cet auteur aux vers duquel on se réchauffe comme au coin d’un bon feu ! Il est dans ce spectacle porté avec tant de simplicité qu’on pourrait croire qu’il s’est déguisé en ce grand homme blond au regard bleu, un peu fragile et très amoureux, qui offre ses poèmes aux spectateurs d’un autre temps.

On commence par être séduit, puis on s’apprivoise et, enfin, on se laisse glisser, confiant, offert aux émotions. Les nôtres. Aucun des trois artistes ne nous impose ses états d’âme : ce sont les ingrédients de notre histoire qui se heurtent et remontent doucement à la surface. La poésie reste en son état le plus libre portée par une musique simple, belle et imagée, et une interprétation dont la franchise déborde de vie. 

Lise Facchin


Au hasard des oiseaux, de Jacques Prévert

Interprétation : Antoine Régent

Piano : Nicolas Vaslier

Contrebasse : Laurent Sauvageot

Composition : Nicolas Vaslier, Laurent Sauvageot

Les Déchargeurs • 3, rue des Déchargeurs • 75001 Paris

Réservations : 08 92 70 12 28

www.lesdechargeurs.fr

Métro : Châtelet (ligne 1, 4, 7, 11 et R.E.R. A, B et D)

Les jeudi et vendredi, du 5 mars au 24 avril 2009 à 21 h 45

Durée : 1 heure

16,50 € | 13,50 € | 9,50 €

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