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Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.

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« Le jour se lève, Léopold ! », de Serge Valletti (critique), Théâtre des Abbesses à Paris

Étais-je bien invitée ?


Par Élise Noiraud

Les Trois Coups.com


Sur la scène du Théâtre des Abbesses, la Méditerranée s’offre à nous. Une Méditerranée populaire, dont on ne voit d’abord qu’un intérieur simple de cabanon, d’où Médérick et son copain Bastien se racontent le monde et la vie. Et commence la valse d’une communauté colorée qui tente tant bien que mal de vivre et, peut-être, d’être heureuse. « Le jour se lève, Léopold ! » est un spectacle… déroutant. Qui offre de vrais moments réjouissants, des saillies d’une vigueur et d’un humour incontestables. Mais qui comporte aussi de réelles limites qui l’empêche de s’envoler vraiment. Et nous laisse plutôt frustrés de ce décollage manqué.

Dès le lever de rideau, je suis ravie par le petit monde qui s’éveille devant moi. Un grand plancher bleu, des meubles sommaires, quelques notes de guitare et, surtout, Médérick et son copain Bastien. Deux abîmés dont la langue truculente n’a d’égale que la démarche cabossée. On se régale de la composition d’Alain Fromager et de Quentin Baillot. On aime la langue populaire et drôle, car juste, de Serge Valletti. Puis arrivent Suzy, dont les seins sont un monde à eux seuls, et Léopold, sorte de grande tige nonchalante, au rythme toujours décalé avec celui de ses comparses nerveux. Chaque nouveau personnage apporte avec lui un monde, un tempo auquel on se plaît à se laisser prendre.

Mais, peu à peu, depuis le balcon où je suis installée, je sens que quelque chose ne se produit pas. Quelque chose manque, une absence fatale qui empêche l’ensemble de prendre forme. C’est comme si, sur scène, les couleurs étaient là, mais sans que je parvienne à saisir le motif du tableau que je regarde. Son essence ne m’atteint pas. J’essaye, pourtant, de revenir vers la scène, d’y trouver des points d’accroche, mais mon attention glisse dessus, invariablement. Et, là-bas, sur cette scène qui me semble de plus en plus lointaine, je ne sens pas le souci de venir chercher les spectateurs. La salle est grande. À plusieurs reprises, je n’entends pas, je ne comprends pas et, au final, je ne parviens plus à saisir ce qui se passe dans ce spectacle. Mince alors !

« Le jour se lève, Léopold ! » | © Christine Sibran

Ne voulant pas laisser la déception prendre le pas sur ma première impression positive et sur mon envie d’être conquise, je m’encourage à bien regarder pour retenir du bon, quand même. Je retiens le décor aux couleurs pastels qui me caresse l’œil et me fait voyager. Je retiens de jolis moments, telle la danse sur la plage au son d’un vieux juke-box, ou la mise en place d’un spectacle de magie complètement déjanté. Je retiens des quiproquos comiques à l’énergie indubitable. Je retiens tout ça, mais comme une pique-assiette évoluant dans une soirée où elle n’est pas vraiment invitée. Ni bienvenue.

Peu à peu, j’accepte cette position lointaine devant ce joyeux bordel coloré. La rumeur de la fête se fait de plus en plus évanescente, je ne comprends plus rien, ils parlent, rient, s’amusent, là-bas, sur scène, et je suis doucement frustrée. Sans être vraiment en colère, je ne peux m’empêcher de penser : mince alors ! 

Élise Noiraud


Le jour se lève, Léopold !, de Serge Valletti

Cie Boomerang • 82, rue Marceau • 93100 Montreuil-sous-Bois

01 48 59 20 89 | télécopie : 01 48 59 29 03

Mise en scène : Michel Didym

Assistant à la mise en scène : Noureddine el-Ansari

Avec : Mathias Lévy, Alain Fromager, Quentin Baillot, Alexandra Castellon, Olivier Achard, Jean-Paul Wenzel, Jean-Claude Durand, Guillaume Durieux, Catherine Matisse, Christophe Odent

Musique : Philippe Miller et Mathias Lévy

Scénographie : Laurent Peduzzi

Costumes : Christine Brottes

Maquillage : Sophie Niesseron et Vanessa Duhourcau

Lumières et régie générale : Olivier Irthum

Son : Pascal Flamme

Chorégraphie : Cécile Bon

Théâtre des Abbesses • 31, rue des Abbesses • 75018 Paris

Réservations : 01 42 74 22 77

Du 18 mars au 4 avril 2009 à 20 h 30, dimanche 29 mars 2009 à 15 heures

Durée : 2 h 15

13 € | 10,50 €

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