Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Programmation au Off d’Avignon
du 7 au 29 juillet
SALLE DU CHAPITRE
11 h : Une laborieuse entreprise, de Hanokh Levin – Création
Par le Théâtre des Agités
Mise en scène : Jean-Pierre Berthomier
Avec : Christine Joly, Philippe Lebas et Jean-Pierre Mesnard
L’action est simple, unique : un homme, Yona, pris d’insomnie, décide de partir en pleine nuit, ressasse son ennui, le sentiment d’inanité de l’existence. Sa femme Leviva s’oppose à cette décision…
Jouer Une laborieuse entreprise, c’est s’attacher à rendre visible le côté cruel et cynique, comique et burlesque, sans complaisance, du théâtre de Hanokh Levin. Et plus encore que dans ses autres comédies, c’est offrir au public un vrai mouvement – du rire aux larmes. Dans cette comédie féroce et pathétique deux êtres vont se déchirer, et nous allons rire de cela.
« Tant qu’il y aura des scènes conjugales, il y aura des questions à poser au monde. » Roland Barthes
À partir de 12 ans. Durée : 1 h 15. Relâche le 17 juillet. Tarifs : 13 € | 9 €
14 h : Éloge de la faiblesse, d’Alexandre Jollien
Par le Théâtre Vidy-Lausanne
Mise en scène et adaptation : Charles Tordjman
Avec : Robert Bouvier et Yves Jenny
Où commence l’anormalité ? Là où s’immisce la pitié ? Là où prend fin la normalité ? Et c’est quoi, la normalité ? Socrate et Alexandre s’interrogent. Pas besoin de présenter le premier. Le second est né deux millénaires et demi plus tard, au Valais. Naissance difficile : une asphyxie le rend infirme moteur cérébral. S’ensuivront dix-sept années d’institution avant que la philosophie ne lui sauve la peau. Il rejoint l’université de Fribourg et publie, en 1999, Éloge de la faiblesse, un dialogue jouissif avec le philosophe grec désormais porté à la scène. Caverne, agora, dortoir d’internat ? Socrate (Yves Jenny) et Alexandre (Robert Bouvier) se tiennent là, l’un mouvant, l’autre enfermé, meurtri dans une chair que la parole libère. Aucune amertume, aucune pesanteur chez lui. De la souffrance, oui. Mais surtout de la légèreté, de la joie, de l’émerveillement face à l’instant présent. Avec, toujours au cœur, cette pensée de son interlocuteur : « Il vaut mieux vivre meilleur que vivre mieux. »
À partir de 15 ans. Durée : 1 h 5. Relâche les 9, 16 et 23 juillet. Tarifs : 18 € | 13 € (réduit)
17 h : les Bonnes de Jean Genet – Création
Par la Cie Alain-Timar
Mise en scène, scénographie : Alain Timar
Avec Marcelle Basso, Odile Grosset-Grange et Lisa Pajon
Jean Genet s’est sans doute inspiré du fameux crime des sœurs Papin pour écrire les Bonnes. Crime qui, en 1933, fascine les foules et occupe la une des journaux. La revue Détective titre : « Deux anges ? Non ! Deux monstres qui, au Mans, arrachèrent les yeux de leur patronne. Orbites vides, crâne défoncé, mais vivante encore, la victime mourut après une atroce agonie. »
L’art de l’écrivain et le feu du poète transfigurent cette histoire en une métaphore dérangeante et fascinante de la vie et de la société…
Solange et Claire, deux sœurs, travaillent en tant que bonnes au service de Madame. Elles rêvent d’assassiner leur patronne. Chaque soir, elles répètent en secret la scène fatale, jouant à tour de rôle les trois personnages du drame. Mais elles n’arrivent pas à leur fin : Madame échappe au « tilleul empoisonné ». Dans une totale confusion mentale, Claire s’identifiant à Madame, le boit… avec la complicité meurtrière de Solange.
À partir de 17 ans. Durée : 1 h 30. Relâche le 16 juillet. Tarifs : 18 € | 13 €
Voir l’article de Vincent Cambier pour les Trois Coups
20 h : François d’Assise, d’après Joseph Delteil
Par la Compagnie du Passage
Mise en scène : Adel Hakim
Avec : Robert Bouvier
Un spectacle qui donne corps et âme aux mots jubilatoires et sensuels de Joseph Delteil. Une presse enthousiaste et bientôt deux cent cinquante représentations ! Ici pas de prêche ni de message ; juste un moment de vie, fou et joyeux, entre coups de foudre et révoltes, un hymne à la liberté, l’histoire d’un homme, tour à tour poète, guerrier, philosophe, amoureux, « françoisier qui ensainte les hommes ».
À partir de 14 ans. Durée : 1 h 25. Relâche le 9 juillet. Tarifs : 18 € | 13 €
22 h 30 : le Venin du théâtre, de Rodolf Sirera
Par la Cie Arguia Théâtre
Mise en scène : Panchika Vêlez
Avec : Jean-Claude Bourbault et Laurent Collard
XVIIIe siècle, un marquis érudit, passionné de théâtre, convie chez lui un grand acteur sur lequel il a décidé de tenter une expérience machiavélique.
Rodof Sirera signe une fable cynique et intemporelle sur le jeu de la vie, du pouvoir et des apparences, dans un univers baroque où l’humour noir se mêle à l’atmosphère d’un thriller contemporain.
À partir de 12|13 ans. Durée : 1 heure. Tarifs : 18 € | 13 €
SALLE DE LA CHAPELLE SAINTE CLAIRE
14 h : En alternance :
Par la Compagnie du Groupetto
Avec : Didier Mahieu et Jean-Marc Bourg | Patrick Verschueren
Quand les poèmes cachent les théorèmes, de Gaston Bachelard – jours impairs
Devant la flamme d’une chandelle, le regard du rêveur se fixe, et son imaginaire, tel un papillon de nuit, se met en mouvement, il devient poète. Mais le savant voit le feu d’une autre manière : pour lui, c’est une combustion, c’est-à-dire la combinaison d’un corps avec de l’oxygène, la flamme, c’est de la matière et de l’énergie et l’on peut mathématiser leur rapport. L’œuvre de Gaston Bachelard se tient toute entière entre ces deux pôles : entre les poèmes et les théorèmes, entre la lumière de la flamme d’une chandelle et celle d’une ampoule électrique. Laissons-nous porter par le souffle de ce grand « poéticien » et écoutons-le nous expliquer pourquoi « il faut penser contre le cerveau ».
la Prose du monde, de Maurice Merleau-Ponty – jours pairs
« Voilà longtemps qu’on parle sur la terre et les trois quarts de ce qu’on dit passe inaperçu. Une rose, il pleut, le temps est beau, l’homme est mortel. » Ainsi commence la Prose du monde, texte inachevé de M. Merleau-Ponty. On le voit, il sera ici question du langage et de l’expression. Quels rapports entretiennent les mots et le monde ? Si le langage n’avait qu’une origine empirique, il ne pourrait parler que de ce qui existe déjà, or il n’en est rien, des idées nouvelles, insoupçonnées, peuvent naître de la parole. En particulier dans la littérature, le poète peut nous entraîner dans un monde bien à lui, au-delà du réel. Par quelle magie la parole peut-elle créer un nouveau monde ?…
À partir de 17 ans. Durée : 1 h 15. Tarifs : 12 € | 8 €
17 h : Enthymésis, d’Arno Schmidt
Par Act free Théâtre
Mise en scène : Michel Simonot
Avec : Claude Bernhardt
Nous sommes dans un récit d’aventure, il a pour cadre le désert, pour héros un savant grec de l’époque d’Érathostène, un certain Philostrate. Il s’engage dans la mesure de la terre, il est envahi par l’obsession du comptage des pas. Si la quête est d’abord scientifique, elle devient très vite humaine. Philostrate s’affronte à une terre totalement inconnue, à ses compagnons de voyage, à d’autres savants. Terre ronde ? Terre disque ? Espace limité ? Infini ? Il découvre de l’étranger… L’enjeu n’est pas simplement un affrontement de conceptions, mais, surtout, et de plus en plus, une confrontation à l’espace, au temps, à la mémoire, à l’ordre du monde : l’art et la politique.
Enthymésis demande au spectateur de se laisser porter, comme dans un roman policier construit sur l’incertitude. Comme des énigmes qui se déplacent à mesure que l’enquête avance vers sa résolution.
Arno Schmidt, considéré comme l’un des écrivains majeurs de la seconde moitié du vingtième siècle, traduit en de multiples langues, reste encore à découvrir en France.
À partir de 12 ans. Durée : 1 h 15. Tarifs : 12 € | 8 €
20 h : Effraction scénique
Par la Cie Danièle-Bouvier - Jacky-Viallon
De et avec Jacky Viallon
« Jacky Viallon est un poète tout terrain, il aime frôler les planches, jouer avec les rideaux de scène et camper mille personnages. Avec son allure de clown rêveur, observateur narquois et attendri du monde des arts, il nous convie à une ballade pleine d’humour. Il n’appartient pas au genre des showmen, plus proche d’un Devos pour la qualité d’écriture des saynètes, il est un diseur qui vient en confidence nous offrir un univers drôle et tendre », Marie-Laure Atinault, Journal des spectacles. Il en ainsi de cette « effraction scénique » où l’auteur-acteur Jacky Viallon les mains pleines de délits délirants se pose la question de circonstance : à quoi sert le théâtre ?
À partir de 10|11 ans. Durée : 1 heure. Tarifs : 12 € | 8 €
22 h 30 : Une phrase pour ma mère, de Christian Prigent
Par la Cie Labyrinthes
Mise en scène et jeu : Jean-Marc Bourg
Une « phrase » unique, ressassée, scandée de refrains obsessionnels, trouée d’apartés réflexifs et de digressions, s’enroule en un long lamento-bouffe. Son mouvement tente de régler le compte des désirs, des angoisses et des chagrins voués à la figure tutélaire de la mère.
À partir de 16|17 ans. Durée : 1 heure. Tarifs : 12 € | 8 €
RENCONTRES DANS LE JARDIN
« Une heure sous le cèdre », à 11 heures, du 11 au 20 juillet – relâche le 16 juillet – entrée libre
11 juillet : Les comédiens, leurs déboires, leurs fantasmes.
Avec Jacky Viallon
Les propos seront illustrés par des textes inédits de Jacky Viallon.
12 juillet : Cheminer dans la vie heureuse
Avec A. Jollien et sa collaboratrice Lucienne Crottaz
Sous le cèdre, nous parlerons de la liberté. Comment celle-ci s’acquiert et comment elle forme un chemin vers le bonheur. Nous aurons pour compagnons de voyage Démocrite et Spinoza. Ainsi, nous examinerons comment la philosophie peut nous aider à cheminer avec légèreté et assumer les instants heureux comme les moments difficiles de l’existence.
13 juillet : Tomber en saint
Par Robert Briatte, biographe de Joseph Delteil
« À la bombe ou à la françoise, tel est le choix ! » écrit Delteil, et la question se pose toujours, près d’un demi-siècle après la publication de son François d’Assise.
14 juillet : Théâtre et philosophie
Avec Didier Mahieu
« La philosophie est devenue de la pensée écrite, or, dit Maurice Merleau-Ponty, la philosophie mise en livres a cessé d’interpeller les hommes. L’art théâtral ne serait-il pas un moyen de remettre cette pensée en situation et ainsi de lui donner comme une seconde vie ? Mais comment ? »
15 juillet : Où se situe l’espace de la rencontre entre la nécessité de l’artiste et le désir du spectateur ?
Rendez-vous avec l’auteur Rodolf Sirera
« Gabriel : Un auteur, lorsqu’il écrit une pièce, espère toujours satisfaire son public.
— Le Marquis : Je n’ai cure de l’opinion du monde. »
(Extrait de la pièce le Venin du théâtre, éditée aux éditions de l’Amandier.)
17 juillet : Hanokh Levin ou le jeu jubilatoire du malheur
Avec Laurence Sendrowicz, traductrice, et Jean-Pierre Berthomier, metteur en scène, à propos d’Une laborieuse entreprise, de Hanokh Levin. Yona et Leviva passent plus de temps à dire, à vouloir, qu’à réellement accomplir leurs aspirations. Loin de sombrer dans le malheur, ils jubilent.
18 juillet : Impromptus à loisir
Lectures de textes de Christian Prigent et autres écrivains, par Christian Prigent et Jean-Marc Bourg, suivies d’un échange avec le public.
19 juillet : Une heure sous le cèdre autour de les Bonnes, de Jean Genet
Si vous voulez échanger et débattre à propos du spectacle, venez rencontrer l’équipe de création et notamment le metteur en scène, Alain Timar, et les comédiennes, Marcelle Basso, Odile Grosset-Grange et Lisa Pajon.
20 juillet : Le spectacle contre le théâtre
Avec Michel Simonot
Et si, pour prendre la parole au théâtre, il nous fallait prendre une distance avec la réalité ? Afin que le spectaculaire ne prenne pas la place de l’art. Afin de préserver notre liberté de représenter le monde, de confronter nos visions du réel.
Réflexion-débat public, avec quelques lectures de textes.
Recueilli par
Vincent Cambier
Théâtre des Halles • rue du Roi-René • Avignon
Tél. : 04 90 85 52 57
Réservations : 04 32 76 24 51