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Par Les Trois Coups
En rodage
Par Olivier Pansieri
Les Trois Coups.com
Il y a dix ans, Marion Bierry avait déjà monté une version scénique de « l’Écornifleur », roman de Jules Renard. Elle récidive au Théâtre La Bruyère, refait à neuf, dans une nouvelle adaptation coécrite avec sa mère et amie Renée Delmas, qui fait la part plus belle aux commentaires. Du théâtre-récit comme c’est de plus en plus la mode d’en faire. Les scènes de vrai théâtre survenant vers la fin, s’armer de patience. Sinon faire l’effort (surmontable) d’ouvrir ce livre très touchant, qu’on lit alors d’une traite, tout seul chez soi. Ce qui est bien aussi.
Nous sommes en 1900. Un pique-assiette, Henri, s’invite à la mer chez les Vernet, couple de bourgeois sans histoire. Naturellement, Mme Vernet n’est pas insensible au bagout du jeune homme, qui se dit poète à ses heures. Survient Marguerite, nièce de dix-sept ans, qui va tourner la tête à notre pseudo-rêveur. La suite, elle, est sans poésie. Il la déflore et s’enfuit. On le voit, tout commence comme du Courteline, évolue comme du Tchekhov et finit comme du Maupassant. C’est dire si le caractère hybride de l’œuvre se prête aux adaptations. Il y en eut une mémorable avec Jacques Duby en écornifleur dans les années soixante à la télévision.
Celle-ci a le gros défaut de reposer beaucoup sur le héros narrateur, qu’incarne un jeune acteur pour l’instant sans grâce. Il faut dire que son texte accumule les apartés, ce qui ne facilite pas sa tâche. Comme Hugo Seksig appuie par ailleurs presque tous ses effets, son Henri en devient d’une lourdeur peu « renardesque ». Le personnage est en effet moins un Valet Matti qu’un Neveu de Rameau de la Belle Époque, me permettrai-je de rappeler. Là encore donc, attendre. Une fois dissipé le trac des premières représentations, il y aura peut-être un miracle.
Ses conquêtes s’en tirent nettement mieux. Lola Zidi impose ses allures de garçon manqué à cette oie blanche moins convenue qu’on ne l’imagine d’abord en lisant le bouquin. (Il y tient ! Oui.) Sa Marguerite est sportive, simple et saine. Ma foi, pourquoi pas ? Il lui manque une « jolie scène » où elle pourrait cependant décoller pour de bon. D’où l’intérêt, encore une fois, des auteurs de théâtre. Ce que Jules Renard fut aussi, mais pas là. Dans son Monsieur Vernet par exemple, comédie qu’il tira lui-même de ce roman, mais qui a le mauvais goût d’exiger une distribution pléthorique. On oublie !
« l’Écornifleur » | © Lot
Ici la « grande scène du deux », c’est Sarah Haxaire qui l’a. Elle ne la loupe pas. Une tirade tardive mais désopilante d’amoureuse prise au piège. On voit alors Mme Vernet, elle d’ordinaire si réservée, déversant soudain, devant tout le monde, ses rancœurs accumulées de femme vieillissante. Un torrent de remarques fielleuses, vengeresses, terribles. Du grand art. Le reste est d’ailleurs aussi bon : Sarah Haxaire l’enlève avec joliesse, humour et sensibilité.
De son côté, Julien Rochefort n’a qu’à lever le sourcil pour tout ramasser. Il fait mouche presque à chaque réplique, déclenchant les rires dans la salle sans jamais se départir de sa feinte application. Une sorte de rond-de-cuir du cocufiage bien tempéré. Son M. Vernet est tout bonnement une merveille d’idiotie, donc d’intelligence. Il joue avec la gourmandise du fin connaisseur qu’il est.
Pour en revenir au texte, le début se traîne. Déjà, il y a tous ces poncifs qui, même si on comprend qu’ils sont ici raillés, ne font quand même pas une scène. Moins encore deux, voire trois, qu’on doit s’enfiler comme des perles dans ce décor de lever de rideau qui a l’air de vous laisser dehors. L’horizon s’éclaircit avec le trop bref voyage en train et son « coup du tunnel », pour une fois mal nommé, puisqu’on l’aurait bien vu se prolonger. Ensuite, sans grande surprise, ça roule.
Réalisation très soignée avec, comme d’habitude chez Marion Bierry, des bons costumes et un grand art du contrepied. C’est peut-être ce qui perd pour l’instant Hugo Seksig. Joli décor de Gabriel du Rivau, lumières forcément impeccables d’André Diot, bien que son ciel, l’autre soir, ait « clignoté » une ou deux fois. (Un mauvais branchement ?) Dans l’ensemble, on ne s’ennuie pas. Enfin, pas trop. ¶
Olivier Pansieri
L’Écornifleur, d’après Jules Renard
La Compagnie Bierry
Metteur en scène : Marion Bierry
Adaptation : Renée Delmas et Marion Bierry
Avec : Sarah Haxaire, Julien Rochefort, Lola Zidi, Hugo Seksig
Assistants : Joëlle Picaud, Denis Lemaître
Décor : Gabriel du Rivau
Costumes : Marion Bierry
Lumières : André Diot
Une production Théâtre La Bruyère - compagnie Bierry | Jean-Claude Lande et Jean Martinez
Théâtre La Bruyère • 5, rue La Bruyère • 75009 Paris
Métro : Saint Georges (ligne 12)
Réservations : 01 48 74 76 99 | 08 92 70 77 05 (0,34 €|min)
Du mardi au samedi à 21 heures, samedi à 16 h 30
Durée : 1 h 35
37 € | 20 €
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