Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par Les Trois Coups
Please, stand-up !
Par Ingrid Gasparini
Les Trois Coups.com
Vingt-trois ans les bras levés, une gueule d’ange et une gouaille à faire pâlir les poissonniers de Rungis. Voilà en quelques mots Mustapha el-Atrassi, le génie précoce du stand-up, le petit favori de Laurent Ruquier, qui s’offrait vendredi soir pour la version 2.0 de son one-man-show la bagatelle de jouer à L’Olympia, rien que ça.
Il y a de l’électricité dans l’air. Le gratin du P.A.F. se toise et s’interpelle. Les strapontins claquent, les ouvreuses trottinent dans la pénombre et une jolie chanteuse de r’n’b, Zaho, assume timidement la première partie. Puis un noir total bat le rappel. Le rideau s’ouvre sur un ciel étoilé. Des lustres en cristal descendent mystérieusement de cette étrange voie lactée. Mustapha fait son entrée, petite foulée, sourire crispé.
Mais son aisance naturelle et son instinct de la scène reprennent vite le dessus. Armé d’un micro-casque et d’une verve en acier trempé, Mustapha déniche l’universel derrière l’anecdotique. Son débit mitraillette et sa maîtrise du tempo donnent l’impression d’une joyeuse partie de cache-cache avec son public, qu’il consulte, attend et vanne à satiété. Mais la vraie force de son écriture réside dans sa capacité à épuiser le sujet, à dérouler ses images jusqu’à un paroxysme jubilatoire, quand tant d’autres se contentent de balayer en surface.
Mustapha el-Atrassi | © Renaud Corlouer
Mustapha est donc un surdoué. Le Point-Virgule à seize ans, le Théâtre du Temple à 20, et L’Olympia à 23. Un parcours sans fautes même si, comme il aime à le rappeler, sa biographie tient sur un Post-it. Comme souvent dans le stand-up, ce succès tient en grande partie au charme de sa personnalité. Un petit brin de voix perché dans les aigus, un regard pétillant de malice et une grande générosité dans son rapport au public.
Mais, attention : derrière ce physique de boy-scout télégénique se cache un humoriste décapant au discours bien peu consensuel. Il déboulonne les mythes les uns après les autres, de Charles Martel au nuage de Tchernobyl en passant par L’Olympia : « C’est un honneur de jouer ici après Jacques Brel, Édith Piaf… et Lorie ». Il tape dans la ruche des communautarismes religieux pour voir ce qui en sort et évoque ses souvenirs : un voyage en Hollande avec son frère, son passé de footballeur à Tours et bien d’autres encore.
Loi du genre, la mise en scène est réduite à une peau de chagrin. Ici, le texte et son interprétation font tout. On notera quand même une forme de réserve chez le comédien, qui n’arrive pas facilement à incarner les personnages qu’il évoque. Dommage, car, encore une fois, il semble avoir une grande facilité dans ce domaine. Si le jeu corporel reste un peu mince, il fait toutefois preuve d’une grande justesse vocale et émotionnelle. Ce soir-là, comme à son habitude, le jeune prodige a assuré le show. Et L’Olympia, après avoir beaucoup ri, s’est levé pour saluer la performance. Rien que ça ! ¶
Ingrid Gasparini
Mustapha à L’Olympia
De et avec : Mustapha el-Atrassi
Olympia - Bruno-Coquatrix • 28, boulevard des Capucines • 75009 Paris
Métro : Madeleine ou Opéra
Le 10 avril 2009 à 20 h 30
Durée : 1 h 20
De 27,50 € à 38,50 €
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