Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par Vincent Cambier
Poignardée par l’émotion
Par Vincent Cambier
Les Trois Coups.com
Le jeudi 11 mai 2006 à 21 heures précises, au Petit Louvre à Avignon, se déroulait une visite à une grande dame : Maria Callas. Sa gouvernante nous attendait… « Je vécus d’art, je vécus pour Maria » est un spectacle magique.
Une très vieille dame nous ouvre la porte et nous précise que « Madame va arriver ». Madame, c’est la Callas, la cantatrice sublime, la prima donna assoluta ; la très vieille dame, c’est Bruna, sa gouvernante, qui a passé presque toute sa vie à son service.
Mais ce service exclusif, Bruna l’a occupé comme on entre en religion, comme une nonne « fiancée » à Dieu, comme un musulman prosterné vers La Mecque. Même les amoureux de Bruna n’ont pas fait le poids face à la fidélité de la gouvernante pour sa maîtresse, à l’écrasante personnalité. Maria qui a dédié sa vie au bel canto, elle aussi pratiquante d’une religion dévorante : la musique et la passation des sentiments sur scène. Maria, vénérée à juste titre, parce qu’elle était un offertoire généreux au public, parce qu’elle se consumait pour lui sur le plateau, poignardée par l’émotion. Maria qui a aimé passionnément Aristote Onassis, cet armateur flamboyant et tyrannique, pour son plus grand bonheur et pour son immense malheur.
Elena Bermani, totalement identifiée à son personnage, nous raconte toute cette histoire dans le salon de la Callas, tout en nous offrant du thé et des chocolats, en parfaite hôtesse qu’elle est supposée être. Dans la mise en scène fluide et discrète d’Ilza Prestinari, la jolie comédienne (à peine âgée de quarante ans) compose et interprète Bruna (environ quatre-vingts ans) avec une science époustouflante. Tout, dans les déplacements, dans la démarche, dans les gestes, dans le corps, dans le visage, dans le phrasé, trahit une très vieille dame qui a beaucoup aimé et beaucoup souffert, cadenassée – à jamais ? – dans son monde hors du temps, dans l’univers de sa vie avec Maria Callas, sur le territoire de la musique sublime, sur la planète de l’art. Elena Bermani nous laisse le cœur pantelant dans la scène finale, que je lui laisse le soin de vous dévoiler. ¶
Vincent Cambier
Je vécus d’art, je vécus pour Maria, de Roberto D’Alessandro
La vie de Maria Callas racontée par sa gouvernante Bruna
Traduction : Emmanuelle Bousquet
Tzigane Dérive • 8, rue Guillaume-Puy • Avignon
04 90 82 05 41
Mise en scène : Ilza Prestinari
Avec : Elena Bermani
Le Petit Louvre • 23, rue Saint-Agricol • Avignon
04 32 76 02 70 | télécopie 04 32 76 02 71
gourdan.de.fromentel@wanadoo.fr
Jeudi 11 mai 2006 à 21 heures
7 € et 5 €
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