Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par Les Trois Coups
Déconcertant
Par Antoinette de Vannoise
Les Trois Coups.com
La soirée annoncée « Cabaret rock », à La Java, dans le quartier de Belleville, accueillait ce soir, dans son beau sous-sol en arcades peintes, des férus de musique rock et des amateurs curieux, tous âges, tous looks… La soirée était composée d’une succession de groupes d’artistes de différentes branches du rock, mais le clou du spectacle, c’était le « theatro musical punk-rock » des Trente Glorieuses. Ce groupe d’artistes avec leur nouvelle création « You Kill the Moon » avait pris pour thème le désir… En guise de transition entre les artistes étaient diffusés des courts métrages de la Nouvelle Vague tels que : « la Nuit des lampadaires » de Simon Serna, ou encore de petits sketchs inspirés de l’humour noir « sado-mignon » que l’on retrouve dans le dessin animé « Happy Tree Friends ». C’est donc une ambiance étrange qui régnait ce soir. Je m’y suis sentie à la fois à l’aise et étrangère. À l’aise dans le rire, étrangère dans cet univers. Tout y est assez déconcertant. Je m’attendais à plus de rock, mais le théâtre s’est immiscé. Une modification qui reste assez plaisante certes, mais un peu déstabilisante.
Les Crimson Muddle, en français « pagaille cramoisie/pourpre », c’est un groupe de trois jeunes filles tout de noir et de rouge vêtues. Les sourcils froncés dans un air de désespoir, et des voix tremblantes qui tentent manifestement de nous communiquer un sentiment paradoxal, peut-être un tiraillement entre violence dynamique et souffrance mélancolique ? Le tout donne malheureusement un effet un peu « pleurnichard » qui frise parfois le cliché. Le rythme est donné par un C.D., un synthé sert à créer une ambiance angoissante et mystérieuse, qui vient corroborer le ton affligé des textes. Basse et guitare électrique, de la même façon que la partie chantée, ont presque tendance à abuser des répétitions… Un xylophone vient agrémenter tout ceci de quelques notes, et un violon relève le tout, en offrant une pointe d’originalité plutôt agréable. Il m’a semblé que l’ensemble manquait indéniablement de maturité. J’aurais aimé sentir plus de travail, d’originalité dans la composition. Quelque chose qui vienne toucher mon oreille d’étrangère au punk-rock. Peut-être n’ai-je pas décelé la pointe de génie de leur art ?
Place ensuite aux Trente Glorieuses et leur cabaret baroque. Deux musiciens en fond de scène : une guitare électrique et une contrebasse, alternée avec une basse électrique. Deux femmes, puis une troisième, dans de surprenants costumes style léopard. Et, au milieu de tout ça, un jeune homme aux cheveux gominés, assis sur une chaise en position de spectateur alléché, trépignant de désir. Toute cette mise en scène nous laisse présager que l’on va plonger dans un univers sadomasochiste, dans lequel l’homme sera soumis à la femme fatale. Les chansons alternent comme les répliques d’un dialogue. La femme, jouant d’une séduction quasi érotique, déclare d’un air sensuel et sévère : « Ma cruauté n’a d’égal que mon désir de vous, vous êtes ma ligne de mire ». Ce à quoi le jeune homme répond d’un air transi : « I can’t get enough of you baby, can you get enough of me ? ».
Deux plans s’instaurent alors : celui de la musique, qui se retire vers le fond, et celui du spectacle visuel, presque théâtral. La réunion de toutes ces danses provocantes pourrait facilement constituer un cocktail écœurant. Cependant ces imitations de cabaret ressemblent plutôt à des sketchs humoristiques, car, loin de se prendre au sérieux, les artistes exagèrent finement et trouvent la juste limite entre la vulgarité et la pruderie, en y insérant une pointe de drôlerie dosée avec justesse. Le duo guitare électrique et contrebasse fonctionne très joliment dans des tonalités jazzy, tandis que le second duo, guitare électrique et basse, nous apporte le son rock promis dans l’énoncé « theatro musical punk-rock ». On se délecte et on rit devant un spectacle qui ose toucher à la danse de strip-tease sans sombrer dans le vulgaire. Ce groupe très prometteur n’a malheureusement disposé ce soir que de vingt-cinq minutes, ce qui fut assurément trop peu ! À peine le public commençait à être captivé que les musiciens devaient déjà ranger leurs affaires… ¶
Antoinette de Vannoise
Crimson Muddle et Les Trente Glorieuses
Dans le cadre d’une soirée « cabaret rock »
La Java • 105, rue du Faubourg-du-Temple • 75010 Paris
Métro : Belleville ou Goncourt
01 42 02 20 52
Vestiaire : 1 €
Entrée de 6 € à 20 €
Parking au 83, rue du Faubourg-du-Temple
À venir :
Nouveau concert des Trente Glorieuses
4 juillet 2009 à Canatada II (bar rock) • 13, rue Moret • 75011 Paris
Métro : Couronnes ou Ménilmontant
01 48 05 96 89
Liens vers les Myspace des deux groupes d’artistes :
Crimson Muddle : http://www.myspace.com/crimsonmuddle
Les Trente Glorieuses : http://www.myspace.com/30glorieuses
Eclipse Next 2019 - Hébergé par Overblog