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Par Les Trois Coups
Un « Circuit » sans éclat
Par Céline Doukhan
Les Trois Coups.com
« Le Circuit ordinaire » s’ouvre sur l’image d’un quidam en chapeau mou assis sur une chaise au milieu du plateau. De part et d’autre, deux petits bureaux au look vieillot. Un pardessus pend tristement à un porte-manteau. Chaises en Skaï moches, gros téléphone marron à cadran : glamour, quand tu nous tiens !
Autant dire qu’on n’est pas là pour rigoler. Dans ce personnage assis, tout empeste une fadeur horripilante. Enfin, son interlocuteur arrive. Lui, c’est le bureaucrate tatillon, avec son accessoire caractéristique : la pile de dossiers. On apprend que l’homme mou est un « rapporteur », un délateur professionnel, au service du bureaucrate. Sans déflorer la pièce, on peut dire que, sous ses airs de spaghetti trop cuit, l’homme se révélera plus entreprenant que prévu. La délation, c’est son truc, plus qu’un violon d’Ingres, une raison de vivre. Nous voilà donc en compagnie de deux sympathiques personnages ! Pour l’empathie, on repassera.
Le principal intérêt de la pièce réside en fait dans la redistribution progressive des rôles entre les deux protagonistes, qui constitue l’unique moteur dramatique de l’affaire. Gérard Thébaut, interprète du rapporteur, parvient à donner une tension certaine à son personnage qui, de grisâtre, prend une couleur de plus en plus noire.
« le Circuit ordinaire »
Malheureusement, cet affrontement verbal, qui a tout pour être dévastateur, ne parvient pas à nous intéresser réellement. Dans cet univers qui évoque les pires heures de l’Allemagne de l’Est, très proche par le thème du film la Vie des autres, règne une terrible grisaille intellectuelle qui finit par déteindre sur la mise en scène elle-même. Très rares sont les moments pendant lesquels on ressent un frisson devant l’étendue de la perversité induite par cette société du soupçon permanent. Le rapporteur se vante de sa vocation de délateur, faisant même savoir que, s’il y avait une médaille de la délation, il en serait « le premier pourvu ». Mais au lieu d’être sidéré, on reste finalement assez indifférent à cette apologie du vice.
En effet, plusieurs procédés, au lieu de suggérer la tension, la ruinent en dédramatisant littéralement ce qui se passe sur le plateau. C’est le cas de la musique, ou plutôt de la bande-son. Au mieux, elle n’apporte rien, par exemple quand des bruits de pas et de portes se font entendre. Qu’est censé suggérer ceci ? Que les invisibles couloirs de cette institution kafkaïenne sont en effet peuplés de mystérieux et anonymes employés de bureau ? Bof. Mais, au pire, cet accompagnement désamorce grossièrement le contenu du texte. C’est ainsi que les paroles du rapporteur exprimant son plaisir de dénoncer sont à plusieurs reprises doublées de notes de guitare genre flamenco, teintant le monologue d’une tonalité « flash-back » aussi guimauve qu’incongrue. Idem pour cette séquence vers la fin de la pièce au son d’un air à la Mission : impossible. Parfois, je me demandais : « Comment serait cette scène sans musique ? ». Et, finalement, la meilleure solution, en tout cas la plus prudente, n’est-elle pas souvent de faire confiance au texte ?
L’« étincelle » promise par le nom même de cette compagnie théâtrale ne se produit donc pas vraiment, alors que le public, lui, ne demande qu’à s’enflammer… ¶
Céline Doukhan
Le Circuit ordinaire, de Jean-Claude Carrière
L’Étincelle compagnie théâtrale • 3, rue de l’Armée-des-Alpes • 84700 Sorgues
04 90 39 66 59
etincelle@theatre-astrolabe.com
Mise en scène : Gérard Thébault
Avec : Gérard Thébault, Christian Luciani
Régie : Claude Thébault
L’Astrolabe • 3, rue de l’Armée-des-Alpes • 84700 Sorgues
Réservations : 04 90 39 66 59
Du 8 au 31 juillet 2009 à 15 h 30, relâche les 12 et 19 juillet 2009
Durée : 1 h 5
14 € | 10 € | 6 €
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