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Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.

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« Nos vies déchaînées », de Dominique Zay (critique), Off du Festival d’Avignon 2009, Théâtre des Lucioles à Avignon

Lumières dans les ténèbres


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Dans « Nos vies déchaînées » se succèdent trois solos. Un homme revient, à demi-mot puis à gorge déployée, sur son passé d’enfant battu. Puis une femme parle de la souffrance d’être une immigrée, plus vraiment de là-bas mais pas non plus d’ici. Enfin, l’âpreté atteint son comble lorsqu’un prisonnier, un « perpet’ », évoque ce qu’est devenue sa vie depuis ce terrible instant qui fit tout basculer…

Le moins que l’on puisse dire au sujet de cette mise en scène, c’est qu’elle est des plus dépouillées. Il n’y a pas de décor, seulement le plateau nu et pour tout accessoire une chaise. Un spectacle écologique, en somme : zéro emballage et zéro déchet… Pas de quoi nous éblouir, me direz-vous ? La réponse est plus complexe. En effet, ce dépouillement permet de mettre à nu la psychologie de ces personnages qui nous prennent abruptement à témoin.

Mais il y a une chose que la mise en scène ne sacrifie pas, bien au contraire : la lumière. Le créateur lumières, Didier Malaizé, trouve à cet égard de formidables ressources. En fait, ce sont les lumières (sans oublier les sons, mais de façon moins remarquable) qui créent le décor. Ainsi, soudainement, au tout début du premier solo, une lumière blafarde accompagnée d’un fumée diffuse donne brusquement à voir le volume devenu étonnamment vaste de la cage de scène. Et nous voici dès lors plongés, avant même les premiers mots, dans une ambiance légèrement inquiétante. Comédiens et lumières sont ainsi en interaction permanente. Les éclairages sont la matérialisation de la situation ou de l’état d’esprit des personnages à des instants donnés, comme quand, dans le deuxième solo, des rectangles de lumières successifs donnent à voir le cheminement (mental, social, géographique ?) du personnage de l’immigrée russe (?). On a ainsi le plaisir d’être régulièrement étonné par ce que l’on voit, ce qui est n’est pas si courant.

« Nos vies déchaînées »

Quoi qu’il en soit, ces trois solos traitent de thèmes bien différents, même si le programme nous annonce « trois variations sur le thème de l’enfermement et de l’évasion ». La cohérence entre les trois n’est pas toujours évidente et certaines contradictions affleurent. Je pense en particulier à cet accent slave dont est affublée la comédienne Sibylle Luperce. Dans ce spectacle fondé sur l’imaginaire et, souvent, le non-dit, est-il vraiment nécessaire que ce personnage touchant et universel d’exilée s’exprime ici avec un accent particulier ? D’autant plus que, dans ce solo, le discours de la comédienne est ponctué de très beaux moments chantés d’une grande force dramatique.

C’est cependant l’interprétation de Luc Kienzel, dans la troisième « variation », qui enlève le morceau, peut-être parce que sa partie est moins ouvertement militante et joue moins sur la corde sensible. L’apparition de M. Kienzel est proprement fantomatique : un faisceau de lumière lui tombe littéralement sur le haut du corps et, quand il relève progressivement la tête vers nous, ce faisceau souligne ses arcades sourcilières (à la Marlon Brando !) de façon si dure qu’il a déjà à peine l’air d’un véritable être humain de chair et de sang. Le reste est un numéro d’acrobatie verbale et gestuelle de haut vol, toujours au bord du précipice de la folie. Un effet de lumière, qu’il ne faut pas dévoiler ici au risque de divulguer indirectement l’issue de cette histoire, accompagne un dénouement aussi tragique que spectaculaire. Reste sur nous l’empreinte de cette incarnation étonnante. 

Céline Doukhan


Nos vies déchaînées, de Dominique Zay

Art tout chaud Théâtres et Cie • 24, rue Saint-Leu • 80000 Amiens

03 22 72 47 47 | 06 22 67 21 83

Mise en scène : Dominique Zay

Avec : Hervé Germain, Luc Kienzel, Sibylle Luperce

Création lumières : Didier Malaizé

Création sonore et musicale : Michel Schick, Jérôme Rousseaux

Régie son : Matthieu Émiélot

Chargée de production et de diffusion : Nathalie Karp

Administratrice : Sandrine Darlot

Vidéaste : Pierre Boutillier

Théâtre des Lucioles • 10, rue du Rempart-Saint-Lazare • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 14 05 51

Du 8 au 30 juillet 2009 à 20 h 35

Durée : 1 h 10

12 € | 9 € | 5 €

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