Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par Les Trois Coups
Le sabbat des saltimbanques
Certains sujets ne prêtent vraiment pas à rire. Ce n’est pas convenable. Le Théâtre du Maquis célèbre à sa façon le huitième centenaire de la croisade des Albigeois… dans un cabaret trash et flamboyant.
Ce Cabaret des hérétiques commence plutôt mal, assourdissant. Très vite, sous la férule de Mme Victoire (Jeanne Béziers), une Occitane de l’outre-Méditerranée, le public reçoit une leçon d’histoire déjantée. Ce n’est pas toujours fidèle aux faits, c’est parfois truffé d’idéologie, mais c’est toujours hilarant.
Ils ont osé ! Évoquer les bûchers de l’Inquisition sur fond de ritournelle scout : « Monte, flamme légère… ». Développer l’argument ontologique à partir de la recette du hachis parmentier. Punir tout sacrilège d’une fessée du Cucu-Clan. Transcrire une séance de torture en jeu du « ni oui ni non » avec des bourreaux en tablier blanc ensanglanté…
Derrière le loufoque, c’est tout l’univers de l’Occitanie médiévale qui resurgit, mis en couleurs par des costumes plus délirants les uns que les autres. Puisant dans les textes en langue d’oc de Beatriz de Dia, Pèire Cardenal et Guillem de Tulède, le Maquis ressuscite les troubadours, chantres de l’amour courtois et contestataires du pouvoir. Libertaire et irrévérencieuse, la troupe de Pierre Béziers se place dans leur sillage, avec des mots, des musiques et instruments pleins de surprises. Quand elle ridiculise le nabot autocrate qui siège alors à Rome, le pape « Innocent » III, d’autres petits hommes de pouvoir se profilent à l’horizon.
Derrière ce jeu de massacre à l’emporte-pièce, l’histoire rejaillit jusqu’en ses détails : la papauté – alliée à la couronne de France, l’abbé de Cîteaux et les dominicains (ces domini canes, « chiens du Seigneur ») – anéantit d’un seul coup un courant religieux, une organisation politique et une culture. La narration est parsemée des délicieuses inventions linguistiques de Mme Victoire, voyante « très lucide », intarissable sur l’hérésie « cathartique » comme sur le grand « kyste » d’Occident.
Le public, conquis, finit par rire au moindre calembour et trouve délicieux ce qui est le plus vulgaire. Pour le catho pas très catholique que je suis, le plaisir que j’ai eu avec ce Cabaret ne laisse pas d’inquiéter… Je ne puis que vous conseiller d’y envoyer vos amis parce que ce spectacle n’est pas convenable, et aussi vos ennemis en leur disant qu’il l’est ! ¶
Olivier Pradel
Les Trois Coups
Le Cabaret des hérétiques, de Pierre et Jeanne Béziers
Théâtre du Maquis • 398, avenue Jean-Paul-Coste • 13100 Aix-en-Provence
04 42 38 94 38
Mise en scène : Pierre Béziers
Avec : Jeanne Béziers, Martin Béziers, Pierre Béziers, Isabelle Desmero, Stéphane Diamantakiou, Stéphane Dunan Battandier, Florence Hautier, Musique : Martin Béziers
Costumes : Christian Burle
Décors : Michel Vautier
Lumières : Jean-Bastien Nehr
Son, régie : Aurélien Dhomont, David Fauci
Le Petit Chien • 76, rue Guillaume-Puy • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 85 89 49
Du 8 au 31 juillet 2009 à 20 h 45, relâche les 20 et 27 juillet 2009
Durée : 1 h 20
17 € | 12 €
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