Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par Les Trois Coups
En plein cœur
Par Maud Sérusclat
Les Trois Coups.com
Je n’étais pas encore allée au Théâtre du Chien-qui-Fume, pourtant légendaire. Je m’y suis rendue en choisissant de voir Tom Novembre et Claire Nebout dans « Ne pas oublier de (mourir) vivre ». Un spectacle d’une intensité inégalée m’y attendait.
Nous sommes au parloir d’une prison. Une table, deux chaises, un prêtre attend, relit le dossier. Pour un habitué des prisons, il n’a pas l’air très à l’aise. Et pour cause, celle qu’il attend est un monstre. Un monstre condamné à vivre, entre les quatre murs d’une cellule, à l’isolement, la lumière constamment allumée au-dessus de sa tête, pour qu’elle ne puisse plus dormir, jamais. Pour que son crime la hante. Pas de visite, pas même de mots, on n’a pas le droit de lui adresser la parole. Rien. Condamnée au silence des autres. Il est là, lui, parce qu’il est le seul à avoir accepté sa demande « d’assistance spirituelle ». Elle aurait voulu voir une femme, mais elles se sont toutes défilées, les « bonnes sœurs », devant l’horreur de son crime. Ce sera donc lui ou personne. Il insiste, il veut l’écouter. Il revient à chaque fois qu’elle le congédie. Entre les lignes de sa bonne parole, aussi lisse que stéréotypée, on sent qu’il parvient à lire en elle, à voir qu’elle n’a pas tout dit. Elle commence, elle aussi, à lire en lui.
Ce spectacle représente selon moi la prise de risques maximale. Un texte grave et dur, entre le Dernier Jour d’un condamné de Victor Hugo et Beckett. Pas de décor ou presque rien : un mur et une grille pour mimer la prison, presque inutiles. Pas d’effets de mise en scène, encore moins d’accessoires. Juste eux. Tom Novembre et Claire Nebout. Assis. Face à face. Toute la pièce repose entièrement sur leur qualité d’interprétation. Sur leur abandon au texte, pourtant si effroyable. Et quelle réussite ! Quel magnifique travail ! Si Tom Novembre assure son rôle avec justesse et parfois douceur, Claire Nebout est impressionnante, incroyable et saisissante. Elle campe le monstre que les autres voient en elle avec une violence aussi cruelle qu’effroyable. Sa voix rauque dès qu’elle entre en scène nous saisit. Comme son visage crispé, et son regard aigu et glacial. Voilà le masque que la sentence l’a condamnée à porter. Au fil du temps, à mesure que chacun se dévoile, elle est tantôt inquiétante tantôt attendrissante et douce. On a le cœur qui tangue, on ne sait que penser. Elle est littéralement à couper le souffle.
Ce spectacle, d’une humanité monstrueuse, vous met en pièces en un rien de temps, tant tout est intense. Ça secoue, ça remue, ça renverse. Ça creuse en vous ce chemin qui bouleverse pour longtemps, qui passe par le ventre et qui cherche votre âme, ce chemin si délicieusement violent que seul le théâtre sait trouver. Du pur théâtre. J’en ai encore la chair de poule. ¶
Maud Sérusclat
Ne pas oublier de (mourir) vivre, de Frédéric Mancier
et Bernard Larré
Mise en scène : Régis Santon
Avec : Claire Nebout, Tom Novembre et Mélaine
Lumières et scénographie : Bastien Courthieu
Production : CS Compagnie
Diffusion et production exécutive : ID production, Isabelle Decroix
Théâtre du Chien-qui-Fume • 75, rue des Teinturiers • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 85 25 87
Du 8 au 31 juillet 2009 à 15 h 30
Durée : 1 h 20
17 € | 12 €
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