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Par Les Trois Coups
« Un tableau du bonheur » ?
Par Fabrice Chêne
Les Trois Coups.com
Sous le titre « Face au mur tout va mieux », la Compagnie Nam Tok présente la trilogie : « Ciel bleu ciel », « Face au mur », « Tout va mieux », trois pièces courtes que Martin Crimp, le célèbre dramaturge britannique, souhaite désormais voir représenter conjointement. La mise en scène très sobre de Marc Nicolas met en valeur les audaces et les tensions du texte.
L’expression « crise du personnage » convient particulièrement bien au théâtre moderniste de Crimp. D’abord parce que ses personnages sont sans caractérisation, interchangeables (ici, ils n’ont même pas de nom). Ensuite parce que très souvent ils ne sont pas incarnés par un acteur précis. Ainsi, dans Ciel, bleu ciel, ce sont trois comédiens qui se partagent la parole pour évoquer à la troisième personne la vie quotidienne d’un jeune couple : l’achat d’un animal domestique, la promenade en bateau…
Ce bonheur conjugal, tellement conforme, est envisagé de façon caustique par l’auteur. L’écriture ludique de Crimp dérègle la réalité comme un train qui sort de ses rails. Son humour très british nous force à voir le banal sous un jour très étrange. Un univers décalé bien rendu par les comédiens à travers des attitudes et des postures qui se détournent du réalisme, et par l’utilisation d’accessoires improbables. Cette fantaisie est contrebalancée par l’austérité des costumes sombres et par la précision au cordeau des enchaînements.
Le trio d’acteurs, où domine la personnalité d’Émilie-Julie Gilbert, est rejoint par Laurent Muzy. Sa voix grave et sa présence énigmatique installent alors une tension qui ira croissant. Crimp excelle à révéler la violence de nos société policées, et le moment où cette violence affleure derrière la normalité, pour faire éclater les apparences d’un monde propre habité par des « familles vraiment comme il faut ».
C’est le cas en particulier dans Tout va mieux, où le danger surgit sous la forme d’un tueur fou qui pénètre dans une école. Ce tueur existe-t-il vraiment ? N’est-il qu’un fantasme malsain qui révèle des pulsions barbares sous le vernis social ? Le spectateur n’aura pas la réponse. Il devra se contenter de la fixité inquiétante des regards des comédiens, et de leurs sourires forcés, comme pour souligner ironiquement l’optimisme béat dont le monde politique et médiatique nous abreuve (« les choses s’améliorent, vraiment les choses s’améliorent », répètent mécaniquement les personnages).
Soulignons la cohérence de ce spectacle et la qualité de la création sonore. Reste que jouer les trois pièces en une heure impose un rythme trépidant, et que le spectateur ressent parfois le besoin d’une pause, d’une respiration, qui ne lui est pas accordée. ¶
Fabrice Chêne
Face au mur tout va mieux, de Martin Crimp
L’Arche éditeur
Compagnie Nam Tok • 6, rue des Hirondelles • 91420 Morangis
Mise en scène : Marc Nicolas
Avec : Mohid Abid, Émilie-Julie Gilbert, Slimane Majdi, Laurent Muzy
Lumière : Manon Garcin
Son : Matthieu Bagnis
Théâtre de la Poulie • 23, rue Noël-Biret • 84000 Avignon
Réservations : 09 53 45 74 07
Du 8 au 31 juillet 2009 à 17 h 15
Durée : 1 heure
13 € | 9 €
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