Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par Les Trois Coups
L’énergie des comédiens
Par Fabrice Chêne
Les Trois Coups.com
La metteuse en scène Nathalie Chemelny a eu une bonne idée : investir Le Blues, une discothèque du centre d’Avignon, nouveau lieu du Off, pour y représenter « Bal-trap », de Durringer, pièce pour quatre personnages dont l’action se déroule justement dans un night-club. L’enthousiasme de la jeunesse des comédiens avignonnais ne parvient qu’à moitié à faire passer un texte inégal.
Le spectacle n’a pas été créé à Avignon, mais s’inscrit dans un projet plus vaste : porter la parole théâtrale dans des lieux qui ne sont pas dévolus habituellement à la culture, et ainsi aller au-devant d’un nouveau public. Ce sont pourtant bel et bien des festivaliers qui prennent place sur les banquettes du Blues pour assister au chassé-croisé amoureux de deux couples aux trajectoires inverses. Le dancing est par excellence le lieu où se nouent ou se dénouent les liaisons. Dino et Lulu sont sur le point de se quitter et cherchent à revivre les débuts de leur passion. Muso et Bulle, au contraire, viennent tout juste de se rencontrer et s’inventent un amour naissant.
La pièce est construite selon le principe d’une alternance entre les deux intrigues amoureuses. Comme toujours chez Durringer, l’ambiance est assez « rock’n’roll » : les dialogues plus que réalistes donnent parfois carrément dans le trivial. (Échantillon : « Lui, il aurait pas attendu des plombes pour que j’me désape. ») L’ennui est que l’argot se démode vite et que cette langue (« bide », « mec », etc.) paraît aujourd’hui étrangement datée. On a bizarrement l’impression de se trouver replongé dans les années 1980, sentiment renforcé par les costumes choisis, eux aussi plutôt démodés. Habiller les comédiens comme leurs parents à leur âge est-il la meilleure façon d’intéresser le jeune public d’aujourd’hui ? On peut avoir quelques doutes.
Heureusement, il y a l’énergie des comédiens, qui rattrape bien des choses. Le mélange de romantisme et de violence des personnages est bien rendu, et la proximité avec le public fait à certains moments passer le frisson. Il y a des passages très réussis, notamment les tirades des deux filles, en fin de spectacle, qui révèlent aussi bien les faiblesses que les espoirs des protagonistes. Estelle Chabrolin a une vraie présence. Quant à Audrey Sallefranque, elle parvient à rendre touchant le récit plutôt sordide du dépucelage de Bulle.
Reste qu’une discothèque est un lieu froid, dont les éclairages, par exemple, sont assez peu adaptés à une représentation théâtrale. Le travail de la vidéaste, Anaïs Manuelli, n’apporte pas grand chose, et paraît quelque peu décalé par rapport à l’esthétique « eighties » de l’ensemble. Nul doute cependant que ces jeunes artistes trouveront d’autres occasions d’affirmer leur talent. ¶
Fabrice Chêne
Bal-trap, de Xavier Durringer
Compagnie Moitié raison-moitié folie • 26, rue du Vieux-Sextier • 84000 Avignon
04 90 23 43 86
Mise en scène : Nathalie Chemelny
Avec : Estelle Chabrolin, Audrey Sallefranque, Lionel Correcher, Paul Patin
Plasticienne-vidéaste : Anaïs Manuelli
Création sonore : Benjamin Grégoire
Photo : © Denis Rion
Le Blues • 25, rue Carnot • 84000 Avignon
Réservations : 06 19 56 08 88
Du 8 au 31 juillet 2009 à 17 h 30, relâche les 16, 23 juillet 2009
Durée : 1 h 25
14 € | 10 €
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