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Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.

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« Chatroom », de Enda Walsh (critique), Off du Festival d’Avignon 2009, Théâtre des Doms à Avignon

Les ados parlent aux ados


Par Cédric Enjalbert

Les Trois Coups.com


Après le Spiderman du plat pays au temps de la grippe aviaire (voir critique ici), nous voici de retour aux Doms (on s’y attache) pour « Chatroom », de l’Irlandais Enda Walsh, déjà auteur de « Disco Pigs » (voir critique ici). Si les comédiens méritent d’être salués, de même que la mise en scène efficace et fluide de Sylvie de Braekeleer, il reste à craindre que les questions soulevées par ce huis clos chez les ados ne concernent pas également tous les publics.

Chatroom, en français : « forum de discussion ». Ou robinsonnade numérique, façon de huis clos en ligne. Enda Walsh paraît avoir fait sienne cette interprétation pour s’essayer, avec Chatroom, à une lointaine réécriture de Sa majesté des mouches. Les enfants sont ici des adolescents, l’île déserte un site de discussion, mais l’entreprise est la même : cartographier un monde retiré de la société civile, soustrait du moins aux exigences morales habituelles. Les implications sont moindres que chez Golding, car elles n’induisent pas d’interprétations anthropologiques majeures : Enda Walsh s’inquiète principalement de sonder les turpitudes adolescentes, que révèle et qu’exacerbe Internet et les communautés sous pseudos. Sa langue très fluide, pleine d’ironie, parée de toutes les marques de l’oralité et joliment rythmée est parfaite pour le théâtre. Les six portraits que l’auteur dresse sont à l’image de son écriture : colorés.

Sylvie de Braekeleer a eu l’intelligence de suivre naturellement ce rythme en limitant la scénographie à six chaises, qui font face à un écran de spectateurs (image d’Internet, où l’espace public et le privé se confondent) et permettent non seulement les déplacements rapides, mais aussi de saisir chacune des expressions des comédiens. Des espaces délimités au sol évoquent les « chambres » d’où l’on discute ; cette sobriété laisse ainsi la primauté à la parole. Le volume est seulement meublé par des danses exécutées au son de la techno ; elles servent également de transitions d’une conversation à une autre.

Quant à ces six ados, ce sont autant de types : Jack le grand paumé acnéique aux cheveux longs (Cédric Lombard) ; Eva la jeune pseudo-Britney lectrice de Public et sa garce d’acolyte abonnée à Girls (Emily, alias Deborah Rouach) ; William le meneur méprisant bon chic, bon genre ; Jim l’éphèbe mélancolique et solitaire ; Laura, enfin, la néo-hippie tendance psy (Adriana da Fonseca). À l’unisson, les comédiens ont le ton juste et le dynamisme qui sied à cette intrigue, dont les ressorts s’arment lorsque la discussion sur le réseau « sujets coriaces » vire au jeu pervers et font d’Eva (Adriana da Fonseca) et William (Olivier Lenel) deux bourreaux cyniques décidés à pousser le beau et fragile Jim (le très sensible Julien Vargas) au suicide. Interviennent alors les autres voix comme autant de forces contradictoires qui amènent la pièce à sa fin.

Une réserve seulement à ce très bon travail : ce monde d’ados aux questions aussi existentielles qu’éphémères, ces références que l’on évoque pour s’en moquer, les Harry Potter, Charlie, celui de la Chocolaterie, ses amis Oompa-Loompa, Britney Spears et consorts, ne sont pas loin de relever de la « private joke ». Mais qu’entends-je, au fond de la salle ? Chatroom, ici Chatroom : les ados parlent aux ados ! Soit. 

Cédric Enjalbert


Chatroom, de Enda Walsh

Traduction de Xavier Mailleux

Mise en scène : Sylvie de Braekeleer, assistée d’Edwige Baily

Avec : Adriana da Fonseca, Olivier Lenel, Cédric Lombard, Elsa Poisot, Deborah Rouach, Julien Vargas

Vidéo : Emmanuel Jespers

Lumières : Xavier Lauxers

Scénographie : Olivier Wiame

Maquillages : Urteza da Fonseca

Costumes : Carine Duarte

Décor sonore : Nicolas Stroïnovsky

Théâtre des Doms • 1 bis, rue des Escaliers-Sainte-Anne • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 14 07 99

Du 8 au 28 juillet 2009 à 22 heures

Durée : 1 h 10

14 € | 10 € | 6 €

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