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Par Les Trois Coups
Ce que parler veut dire ?
Par Sarah Elghazi
Les Trois Coups.com
C’est avec curiosité que je me suis rendue à L’Entrepôt, qui abrite cette semaine la compagnie du Théâtre de l’Eau-qui-Dort et leur adaptation d’« Oleanna », efficace huis clos psychologique de l’auteur-réalisateur américain David Mamet. Un texte fort et complexe, un dialogue percutant et « politiquement incorrect », qui a pour objet la remise en question du pouvoir de la langue et du savoir, sans rien cacher des dérives totalitaires qu’une telle sensation de puissance peut inspirer, quel(le) que soit celui ou celle qui la possède.
Dans cette histoire de choc des mots incarnée par une jeune étudiante et son professeur, le sens d’Oleanna se construit sur le fil ténu de la variation des échanges. Effacée, timide et le verbe hésitant, Carol se rend au prix d’un effort visible dans le bureau de John, pour discuter une note éliminatoire, mais aussi pour faire part au maître tout-puissant de son incompréhension face à ses cours. Paternaliste et virtuose, ce dernier décide de reprendre en main l’oie blanche… qui, sous ses airs naïfs, l’amènera rapidement à une remise en question fort désagréable de ses propres valeurs.
Divisée en trois moments, trois rendez-vous distincts signalés par d’imperceptibles changements de lumière et de costume, Oleanna consacre tout d’abord la parole absolue de l’homme (de science), tout gonflé, derrière son interminable bureau, de liberté acquise, de succès social, d’estime de soi travaillée, de suffisance diffusée. Dans ce tableau trop lisse, la jeune fille accrochée à ses notes comme à une bouée de sauvetage, en quête de connaissance et de justice, creusera une faille développée dans la seconde partie. Il y aura une montée en puissance de la femme et du groupe de pression auquel elle se dit soudain appartenir, qui entraînera l’homme solitaire dans une compromission vacillante et flasque. Jusqu’au basculement final, d’un machiavélisme ironique, à la conclusion ambiguë : le pouvoir naissant de l’une, gaspillé dans un désir de vengeance stérile et cruel, s’annihile devant la déchéance pitoyable du coq…
« Oleanna »
C’est peu dire que la mise en scène organise cette joute avec toute l’attention universitaire qui lui est due, au risque d’amener ce spectacle de grande qualité vers une insidieuse monotonie. Ce manque de fantaisie scénographique pèche dans une pièce qui est tout de même la parabole d’une lutte symbolique, et d’une métamorphose transformant David en Goliath…
Les comédiens sont pourtant excellents dans des rôles en évolution. David Seigneur donne à voir avec une précision jouissive le passage de la domination triomphante à l’effondrement intime, tandis que nous glace la folie perverse susurrée, hachée, parfois hurlée par la fragile Marie Thomas. J’aurais aimé les voir sans aucune retenue, avec toute la violence de leurs personnages. J’aurais plus encore aimé ressentir dans ma chair cette intelligente bataille avec toute la cruauté que les mots lui confèrent. ¶
Sarah Elghazi
Oleanna, de David Mamet
Cie du Théâtre de l’Eau-qui-Dort.
Adaptation : Pierre Laville
Mise en scène : Patrick Roldez
Avec : David Seigneur, Marie Thomas
Musiques : David Georgelin
Enregistrement violon : Marielle de Rocca-Serra
Costumes : Catherine Dorcimon
Lumières : Benoît Torti et Éric Pelladeau
Scénographie : Patrick Mignard
L’Entrepôt • 1 ter, boulevard Champfleury • 84000 Avignon
Réservations : 06 27 11 48 84
Du 20 au 25 juillet 2009 à 14 h 35
Durée : 1 h 25
15 € | 10 €
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