Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par Les Trois Coups
Du rire de surface
Par Claire Néel
Les Trois Coups.com
Au Théâtre Notre-Dame-Lucernaire, Camille Solal est seule en scène avec sa langue déployée en outil de justicière. Elle tue, en parlant, tous les odieux qui se trouvent sur sa route. « On peut se pendre avec sa langue ! », d’accord, mais j’attendais plus de profondeur d’un massacre verbal.
Le tract parle de sincérité, d’une femme qui a décidé de dire la vérité tout entière, avec humour et cruauté. Son but : un carnage. Son arme : sa langue. À double tranchant. D’abord, elle attendrit sa proie en se faufilant doucement dans sa vie. Elle y creuse sa place. Alors, sûrement, sa langue bien pendue assassine.
Bien sûr, les futurs exécutés sont horribles. Leurs portraits sont d’ailleurs bien dressés, et la comédienne se délecte de nous en faire rire. On reconnaît trop bien des gens que l’on a pu croiser. Cette vieille dame encanichée, trop bien-pensante et sèche, pour ne pas dire fasciste. Ou ce faux poète qui, entre deux fleurs bleues, se rue sur le téléphone rose pour parler grassement. La femme active greffée à son portable n’est pas épargnée, haute responsable et basse humaine. Régler ses comptes avec ceux que l’on exècre : quel programme excitant !
Malgré tout, le personnage ne touche pas. Le rire ne vient donc pas dans toute sa spontanéité. Il est plus provoqué par la pétulance maligne de la comédienne que par l’histoire qu’elle nous raconte. Le personnage, pour que l’on s’intéresse à lui d’une façon ou d’une autre, doit avoir un réel besoin de tuer. Or, il n’est pas habité par un conflit vital. Sa démarche paraît donc anecdotique. Sur une scène, on attend autre chose, on veut plus ! La profondeur, a fortiori dans l’humour, est nécessaire pour avoir accès à un rire entier, surprenant, voire désespérant. Pour qu’un bon spectacle ne soit pas qu’un bon spectacle, mais une étoile précieuse.
On peut se pendre avec sa langue ! avance sur un schéma systématique. 1º : L’horrible personne à abattre est dépeinte. 2º : L’héroïne s’insère dans sa vie. 3º : Moment M, la langue opère, et adieu l’horrible ! Puis on passe à un autre affreux jojo, 1º, 2º et 3º se répètent, et ça recommence, valsent les 1º, 2º, 3º… Les projecteurs suivent le rythme : ils s’allument et s’éteignent invariablement en zappant d’une situation à l’autre. La fin tendresse, au contact d’un enfant bien entendu, est trop attendue.
Le spectacle est pensé, construit. La comédienne est généreuse et précise. Il manque… de l’originalité pour la surprise, de la profondeur pour l’émerveillement. Mais ce n’est que mon sentiment, On peut se pendre avec sa langue ! n’est pas un mauvais spectacle, et les applaudissements ininterrompus reflétaient bien la joie d’une partie du public. ¶
Claire Néel
On peut se pendre avec sa langue !, de Joseph Agostini
Kapuch’prod • 57 bis, avenue Jean-Jaurès • 93120 Clichy
06 64 39 25 03
Mise en scène : Joseph Agostini
Avec : Camille Solal
Régisseur-compositeur : Frédéric Bry
Graphiste-décors : Florent Lenziani
Lumières : Laura Goncalves
Photo affiche : Agnès Janin
Théâtre Notre-Dame-Lucernaire-Avignon • 17, rue du Collège-d’Annecy • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 85 06 48
Du 7 juillet au 1er août 2009 à 14 h 15
Durée : 1 heure
15 € | 11 €
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