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Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.

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« Le Quai », de Philippe Beheydt (critique), Le Cabestan à Avignon

Un soleil au milieu
de la pourriture


Par Vincent Cambier

Les Trois Coups.com


Comment faire pour s’aimer ? « Le Quai  », une friandise de Philippe Beheydt à déguster d’urgence.

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Ils sont trois à attendre un train. Un train qui ne viendra peut-être pas. L’important est ailleurs. L’important, c’est de vivre et d’aimer.

Il y a Jeff, orphelin fêlé, famélique de la tête, ogre du cœur, « soleil au milieu de la pourriture » ; Cloé, l’écorchée qui a arrêté – par peur ? – d’essayer de se connaître ; Henri, fort comme un arbre, qui, depuis toujours, a promis de protéger Jeff, quitte à l’abriter de ses bras branches quand il pleut ; Mademoiselle, mère adoptive possessive et trouble, qui a laissé une fleur bleu ciel dans l’âme de Jeff.

Tous ont un sale secret bien enfoui au fond des catacombes du cœur. Tous.

Déjà remarqué à Avignon avec Une ombre sur un mur blanc et la Boîte en coquillages, le jeune auteur Philippe Beheydt représente exactement ce que doit être le Off : une écriture qui colle au verbe, aux personnages et aux situations dramatiques comme une sangsue, jusqu’à leur faire cracher l’essentiel : la vie, l’amour, la mort.

Le Quai est aussi tissé dans la fibre de la poésie. La vraie : celle qui vous frappe en plein cœur.

Benoît Lahoz – dont c’est la première mise en scène ! – a très bien compris les intentions de l’auteur. Son travail est précis, élégant, nécessaire. Il sait même comment faire résonner le bruit assourdissant du silence.

Bruno Ladet, dans le rôle casse-gueule de Jeff, se tient constamment sur la crête de l’émotion et évite magnifiquement de glisser dans le mélo.

Sylvia Bruyant nous fait ressentir subtilement les écorchures de son corps et de sa pauvre petite vie.

Bruno Dairou réussit le prodige d’être profondément attachant avec un jeu en apparence froid, très maîtrisé, tendu comme un arc. Jusqu’à la cassure. 

Vincent Cambier


Le Quai, de Philippe Beheydt

Mise en scène : Benoît Lahoz

Avec : Sylvia Bruyant (Cloé), Bruno Dairou (Henri), Bruno Ladet (Jeff) et la voix de Marie-Françoise Bennetot (Mademoiselle)

Lumières : Marc Cixous

Conception sonore : David Voulgaropoulos

Scénographie réalisée par Marceau

Le Cabestan • 11, rue Collège-de-la-Croix • Avignon

À 12 h 15 (1 h 15)

04 90 86 11 74

13 € | 9 €

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