Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par Les Trois Coups
J’ai « vu » récemment « les Fables bônoises », d’Edmond Brua, au Djerba, ce restaurant de la place de la Principale qui a aménagé une salle de spectacle.
Pour la langue, on est loin de La Fontaine. En effet, ces fables sont écrites en « pataouète », ce succulent argot des Français d’Algérie. Edmond Brua pousse le caprice de lettré (dixit Camus) jusqu’à les composer en alexandrins. Imaginez donc une élégance très xviie siècle « dépareillée » par les défroques bariolées du petit peuple pied-noir des années 1930 ! L’imagination et le sens de l’observation du gourmet méditerranéen font le reste…
Et c’est souvent fort drôle ! Rien que les titres laissent augurer des moments souriants et goûteux : l’Os de mort, le Bras d’honneur, l’Arabe et les Rabbins, les Pléonasmes, l’Accent circonspect…
Évidemment, ce genre de ripailles verbales nécessite des gourmands exceptionnels. Ce qui n’est pas tout à fait le cas de Guy Belaïdi. Alors que les comédiens doivent s’investir totalement dans la dégustation jouissive des vers de Brua, Belaïdi paraît parfois douter de l’excellence des mets, donne l’impression de chipoter, de manger du bout des dents, de faire le difficile… En revanche, le rondelet humaniste Henri Talau se régale visiblement à avaler son assiette, emplie à ras bord des plats épicés mijotés par Brua. Son œil et sa lippe réjouis semblent nous dire : « Ça, c’est de la gastronomie, fils ! » ¶
Vincent Cambier
Les Trois Coups
Les Fables bônoises, d’Edmond Brua
Avec : Henri Talau et Guy Belaïdi
Le Djerba • place de la Principale • Avignon
Les vendredi à 20 h 30 et samedi à 19 h tout le mois de janvier
Réservations : 04 90 85 84 36
Durée : 1 heure
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