Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par Les Trois Coups
Cerveau contre cœur :
un à zéro
Par Claire Néel
Les Trois Coups.com
Bien des points d’interrogation clignotent autour des femmes dans les imaginations masculines. Le personnage de Jean-Jacques Vanier, dans son éternelle quête de vérité, cherche des réponses. Soutenu par sa complicité avec l’inénarrable professeur Rollin, il chemine, je cite « en tant que femme », sur la scène de La Pépinière Théâtre. « Elles » est son nouveau spectacle : une introspection en miroir de la conscience féminine, dont le reflet est l’inconscient masculin.
La genèse, évidemment, a son origine… dans le décolleté. Une vendeuse de chaussures… Deux belles pommes interpellent d’abord le personnage. Elles se laissent deviner, ou se dévoilent presque en entier, selon les caprices d’un bouton de corsage ouvert ou fermé. Problème : connaît-elle les puissants pouvoirs de suggestion qui reposent sur la position de ce bouton ? Sait-elle quand le bouton est ouvert ou est-ce le fruit d’un hasard ? Pourquoi le bouton est-il refermé quand elle doit chausser M. Vanier ?
Celui-ci, pour tenter d’élucider ce grand mystère, décide de comprendre les femmes. Mais comment… Comment… se mettre à leur place ! Déclic ! Et clac : comprendre toutes les femmes en entrant dans leur tête ! Il organise alors une série d’exercices en forme de mises en situation, visant à percer l’essence féminine. Le sujet à incarner est tout choisi : sa femme, car c’est l’elle qu’il connaît « le moins mal ».
Le personnage trouble. Il apparaît naïf, innocent comme semble l’être un enfant, curieux comme le ravi du village. Il incarne un être à la fois bête et attachant par les questions qui l’agitent en profondeur. Puis quelque chose perturbe, une sensation de froid et d’incommode fait un obstacle au cœur. Parce qu’on ne voit pas, au fond, où est le sien. Rien ne semble lui provoquer d’émotion, alors que tout lui est matière à réflexion. Par exemple, dans son application à devenir sa femme, il (en elle) ne se supporte pas. Il s’affuble de tous les défauts répertoriés dans le genre humain pour se réduire à une montagne d’incapacités au bonheur et à l’amour.
Mais, si cette constatation lui saute aux lèvres, elle ne le touche pas. Seul son cerveau enregistre et s’excite. De la même façon, Il reste indifférent quand il dit qu’il « n’apprécie pas » que son fils comprenne dans le regard de sa mère qu’il est un con. Il devient pour nous comme un homme vide, il aspire à comprendre, mais sans respirer la vie. Un personnage étrange, donc, si proche et si lointain, en apesanteur.
Jean-Jacques Vanier lui donne corps avec brillance, en éclats d’âme, sans ses états. Le spectacle, c’est lui. Et, s’il échoue irrémédiablement à comprendre les femmes, il nous montre à quel point elles peuvent encore et toujours faire couler l’encre des hommes. C’est écrit en mots drôles, gorgés de boucles rondes et de pensées déliées. Le texte réjouit par son humour décidément singulier. ¶
Claire Néel
Elles, de Jean-Jacques Vanier et François Rollin
À part ça production • 82, rue Amelot • 75011 Paris
01 48 87 20 01 | 06 60 21 73 80
Mise en scène : François Rollin
Avec : Jean-Jacques Vanier
Lumière et scénographie : François Austerlitz
Régie générale : Nicolas Priouzeau
Costume : Olivier Beriot
Photo : Jean Tholance
La Pépinière Théâtre • 7, rue Louis-le-Grand • 75002 Paris
Réservations : 01 42 61 44 16
Du 26 août au 31 octobre 2009, du mardi au samedi à 21 heures, matinées le samedi à 16 heures
Durée : 1 h 30
36 € | 26 € | tarif unique à 26 € les mercredis
Eclipse Next 2019 - Hébergé par Overblog