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Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.

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« C’est ainsi mon amour que j’appris ma blessure », de Fabrice Melquiot (critique), Aktéon Théâtre à Paris

J’aime, donc je suis


Par Angèle Lemort

Les Trois Coups.com


Tel un silence intérieur parfois trop intime, un espace clos et calme se découvre peu à peu sous la lumière. Rien à voir d’autre qu’une silhouette d’homme sur un banc d’aéroport. Nous ne savons ni où nous sommes ni qui nous parle, mais peu importe… Car, au-delà de l’homme, il y a les mots, les mots du cœur, les maux de l’âme… Bref, voici une solitude bien humaine. Et c’est ce chant-ci, celui d’un homme esseulé, sans repères, aux échos extrêmement contemporains, que la compagnie Mladha nous offre à entendre avec « C’est ainsi mon amour que j’appris ma blessure », un texte de Fabrice Melquiot, quasiment inédit au théâtre.

Dans l’attente d’un hypothétique voyage, un homme n’est-il pas en proie à ses doutes, à ses angoisses, à ses questionnements, à ses envies également ? Dans l’attente, un homme n’est-il plus tout à fait le même ? Au-delà de toute frontière spatio-temporelle, le cœur n’est-il pas libre enfin de toute censure ? C’est ainsi que j’ai pu voir, ce soir-là, un homme débarrassé de son identité parfois trop encombrante, tourmenté par sa solitude profonde. Comme un fantôme de lui-même, cet homme sur son banc d’aéroport, valise rouge au pied, ne peut s’abandonner au sommeil. Troublé, comme à la dérive, il nous livre son cœur telle une plaie béante, ouverte par une présence féminine mystérieuse. Une présence féminine qui brille par son absence, et qui, somme toute, fera résonner le discours de cet homme d’autant plus ardemment.

« C’est ainsi mon amour que j’appris ma blessure »

Cette résonance nous rappelle, à la manière de Stig Dagerman, entre autres, et très justement, que Notre besoin de consolation est impossible à rassasier. Alors, cet égarement prend une couleur universelle. Et ce, grâce à l’idée particulièrement intéressante, ici, d’un masque. Oui, l’homme qui se dévoile à nous est un homme masqué ! Étrangement, ce masque élargit le sujet et, ainsi, l’homme sans visage pourrait se révéler être l’un d’entre nous, au-delà des âges, des sexes et des couleurs de peau.

Néanmoins, ce masque serait beaucoup plus expressif si l’acteur jouait loin de nous. Comme quand on recule devant un tableau impressionniste pour mieux « voir ». En outre, j’aurais tant apprécié plus de profondeur, de largeur, autant d’espace vaste et vacant qu’offrirait un véritable aéroport au propos… Mais nous sommes à Paris dans un petit espace. Et, malgré cela, la perdition de cet homme a trouvé un bel écho, simple et discret, tout comme la plume délicate d’un auteur, que la compagnie Mladha a servi avec honnêteté. Manque un peu de folie, peut-être. 

Angèle Lemort


C’est ainsi mon amour que j’appris ma blessure, de Fabrice Melquiot

Compagnie du Mladha

+41 (0)79 411 81 61

Mise en scène : Mathieu Bessero

Avec : Vincent Rime

Masque et costume : Gilles Brot

Scénographie : Boris Michel

Création lumière : Patrick Jacquérioz

Aktéon Théâtre • 11, rue du Général-Blaise • 75011 Paris

Réservations : 01 43 38 74 62

Du 16 septembre au 10 octobre 2009 à 20 heures, du mercredi au samedi

Durée : 1 heure

16 € | 10 €

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