Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Théâtre des Halles, saison 2006-2007
• Les 6 et 7 octobre 2006 à 20 h 30
Enveloppes et déballages
Par le Vélo Théâtre
Avec : Charlot Lemoine
Mise en scène : Tania Castaing
Régie lumière : José Lopez
En grande tenue de livraison, un facteur apporte sur son vélo le théâtre de ses rêves, en paquets piégés, bourrés d’images explosives.
En forçant le secret de ses colis, il va faire surgir un continent fabuleux, une illusion de vacances, un climat de jeu sans pudeur sur fond de palmier et d’océan. On voyage du paquet jungle au paquet cirque au gré de la fantasmagorie de ces emballages réglementaires des postes.
Une belle aventure en forme de carte postale animée, pleine de tendresse, de poésie et d’humour. Ce modeste préposé est un livreur de rêves.
• Du 22 au 25 novembre 2006
VIIes Rencontres euro-méditerranéennes de Volubilis
Paysages sonores, de la perception au projet
> Mercredi 22 novembre 2006 : Soirée d’ouverture
– 20 h : Projection des clips « paysages sonores » réalisés par les étudiants de l’IMCA
– 20 h 30 : Conférence introductive d’Olivier Mongin, directeur de la revue Esprit
> Jeudi 23 novembre 2006
– 9 h 30-12 h 30 : Naissances et questions d’un concept : le paysage sonore
– 14h-18h : Paysages sonores, sociétés, création, patrimonialisation
> Vendredi 24 novembre 2006 : Du bruit au paysage sonore, de la règle au projet
– 9 h 30-12 h 30 : Les sons de la vie : nuisance, santé
– 14 h-18 h : Projet urbain, projet sonore
> Samedi 25 novembre 2006
– 9 h-11 h : Promenade sonore
– 14 h-16 h : Le bruit dans l’agglomération avignonnaise
Renseignements et réservations : 04 32 76 24 66
• Les 8 et 9 décembre 2006 à 20 h 30
et le 10 décembre 2006 à 16 h
Fin de partie
De Samuel Beckett
Création 2005
Salle du Chapitre – Théâtre des Halles
Mise en scène, scénographie : Alain Timar
Avec : Paul Camus, Michèle Laforest, Ivo Palec, Roland Pichaud
Son, lumière, image : Hugues Le Chevrel
Costume : Anna Chaulet
Construction du décor : Théâtre des Halles
Alain Timar est un familier de Beckett. On se souvient de Histoire encore avec Comédie, Cascando, Va et vient et Pas moi, de Paysages intérieurs avec Cette fois, Ohio impromptu, Acte sans parole 1, Fragment de théâtre 2, Berceuse, et de En attendant Godot avec des acteurs africains…
Alain Timar ne pouvait échapper à l’hommage qui est rendu à Samuel Beckett un peu partout dans le monde à l’occasion du centenaire de sa naissance…
Unanimement considéré comme l’un des auteurs majeurs du xxe siècle, Samuel Beckett, prix Nobel de littérature 1969, figure parmi les dramaturges les plus fréquemment joués dans le monde.
Dans une bulle d’espace entre terre et mer, à la fin du temps, Hamm, aveugle et paralysé, puise douleur et réconfort dans l’exploitation de ses victimes : Nagg et Nell ses géniteurs enfouis dans des poubelles, Clov son fils adoptif, qui ne peut plus s’asseoir. Fiction et simulacres, questions-réponses, rage, il faut de tout pour se tendre vers la fin du jeu.
Voir la critique des Trois Coups
• le 14 janvier 2007 à 18 h et le 19 janvier à 19 h
Ça me laisse sans voix
Documentaire animalier
Dans le cadre de la deuxième édition de la manifestation Scènes d’Avignon & Compagnies du 12 au 20 janvier 2007
Programme détaillé sur le site des Scènes d’Avignon
Par la Compagnie Tandaim
Avec : Éric Feldman
Scénographie, conception du projet : Olivier Thomas
Mise en scène : Alexandra Tobelaim
Univers sonore : Christophe Perruchi
Chorégraphie : Yano Iatrides
Vidéo : Jean-Christophe Aubert
Costumes : Geneviève Goffinet
Lumières : Alexandre Martre
Accessoires et régie plateau : Mathieu L’Haridon
Voix : Didier Sauvegrain
Spectacle tout public – Durée : 1 heure
• Le 3 février 2007 à partir de 15 h
Par la Compagnie de l’Imprimerie
Avec : Ana Abril, Nicolas Geny, Christophe Lorion, Sophie Mangin, Catherine Monin et Roland Pichaud
Aujourd’hui 2006 : l’envie de rendre compte du chemin parcouru à travers une performance marathon qui réunira l’ensemble des artistes attachés au projet depuis la création : 5 années, 5 lectures, 5 heures.
Nous vous proposons de découvrir ou redécouvrir :
– 15 h : « Que des bonnes nouvelles »
Textes de Columm Mac Cann, Gabriel Garcia Marquez, Haruki Murakami
– 16 h 30 : « De l’air dans les os »
Textes de Erri de Luca, musiques de Guigou Chenevier
– 18 h : « Jeudi, une lecture en archipel »
Textes de J. M. Coetzée, R. Ducharme, J. Giraudoux, M. Tournier, S. Alexievitch, O. Cadiot
– 20 h : « Chemins… intérieurs »
Textes de Henry Bauchau (en création)
– 21 h 30 : « Dans les trains ils lisaient »
Textes d’Alessandro Baricco
• Du 21 au 23 février 2007 à 20 h 30
les Bonnes
De Jean Genet
Création 2006
Salle du Chapitre – Théâtre des Halles
Avec : Marcelle Basso, Odile Grosset-Grange, Lisa Pajon
Mise en scène, scénographie : Alain Timar
Lumière, décor : Stanislas Pierre
Image, son : Hugues Le Chevrel
Costumes : Angélique Duchene
Maquillage : Édith Arnaud
Construction du décor : Théâtre des Halles
Décor floral et accessoires : Élizabeth Baumard
« “La juvénilité éternelle de Genet fait penser à un ange qui porterait sur son visage la férocité des fauves” écrivait Yukio Mishima. Toute l’œuvre de Genet n’est peut-être qu’une longue déclaration de guerre. Jamais il ne déposa les armes. Il demeura jusqu’au bout, envers et contre tous – et d’abord contre lui-même – dans ce lieu où la société l’avait, dès la naissance placé et qui est le lieu le plus solitaire et le plus peuplé de la terre : dehors. C’est pourquoi, sans doute, “peu d’œuvres sont aussi troublantes et dérangeantes que la sienne, aussi inconfortables pour les schémas de pensée habituels, aussi profondes et étrangement poétiques”.
« Jean Genet s’est sans doute inspiré du fameux crime des sœurs Papin pour écrire les Bonnes. Crime qui, en 1933, fascine les foules et occupe la une des journaux. La revue Détective titre : “Deux anges ? Non ! Deux monstres qui, au Mans, arrachèrent les yeux de leur patronne. Orbites vides, crâne défoncé, mais vivante encore, la victime mourut après une atroce agonie.”
« L’art de l’écrivain et le feu du poète transfigurent cette histoire en une métaphore dérangeante et fascinante de la vie et de la société…
« Solange et Claire, deux sœurs, travaillent en tant que bonnes au service de Madame. Elles rêvent d’assassiner leur patronne. Chaque soir, elles répètent en secret la scène fatale, jouant à tour de rôle les trois personnages du drame. Mais elles n’arrivent pas à leur fin : Madame échappe au “tilleul empoisonné”. Dans une totale confusion mentale, Claire s’identifiant à Madame, le boit… avec la complicité meurtrière de Solange.
« Une histoire d’amour et de haine à trois portée au paroxysme. Une intrigue en forme de cérémonie sacrificielle comme dans les tragédies antiques. Un rituel expiatoire qui exalte la position du martyr. Une atmosphère sacrée qui scande les paroles et imprègne les corps et les gestes. Une intrigue qui sème le doute, qui fait vaciller les limites entre le vrai et le faux, le juste et l’injuste, le bien et le mal, le beau et le laid, la réalité et le rêve, le vécu et l’imaginaire. Une intrigue où jeux de miroirs, faux-semblants et trompe-l’œil bousculent notre esprit et font exploser les valeurs et les codes communément admis. Ça brûle à l’intérieur comme à l’extérieur et ça nous brûle aussi. Comment, dans ces conditions, la machine théâtrale peut-elle débusquer la vérité des êtres ou des faits ou en percevoir ne serait-ce qu’un reflet ? Illusoire objectif certainement ! Le mieux étant de jeter le trouble, entretenir les ambiguïtés, les ambivalences, accuser l’inextricable complexité de la nature humaine et continuer à questionner ce mystère… jusqu’au vertige. Il faut rompre évidemment pour cela avec le réalisme du jeu. Genet parle de conte : certes, mais un conte philosophique et symbolique ancré dans un jeu charnel, psychique, fantasmatique, incisif et exacerbé. »
Alain Timar
Voir la critique des Trois Coups
• Les 16 et 17 mars 2007 à 20 h 30
Simplement compliqué
De Thomas Bernhard
Texte français : Michel Nebenzahl © L’Arche 1988
Par le Théâtre des Ateliers - Création
Avec : Alain Simon
Mise en scène : Alain Simon
Scénographie, théâtre d’objets : Christian CARRIGNON
Assistant : Bernard Cohen
Décor : Jacques Brossier
Lumières : Syméon Fieulaine
« Si seulement nous avions encore un directeur, nous pourrions lui demander des explications, mais nous n’avons plus de directeur.
« On n’a même plus de directeur.
« Monsieur le directeur dis-je, délivrez-moi de Schopenhauer.
« Et délivrez-moi aussi de Descartes et de Voltaire monsieur le directeur.
« Je n’ai plus de directeur – regarde autour de lui.
« Quand nous commençons à donner des noms aux souris, il n’y a pas de doute nous sommes cinglés. »
Thomas Bernhard dans Simplement compliqué
• Le 11 avril 2007 à 15 h – séance tout public à partir de 7 ans
Le 12 avril 2007 à 14 h – séance scolaire
Dans ma maison de papier, j’ai des poèmes sur le feu
De Philippe Dorin
Dans le cadre du festival jeune public Festo Pichot : spectacle vivant pour publics jeunes du 10 au 14 avril 2007
Par la compagnie La Rousse
Avec : Nathalie Hauwelle, François Lepage et Catherine Vuillez
Mise en scène : Nathalie Bensard
Lumière : Agathe Argot
Costumes : Élisabeth Martin
Durée : 45 min
• Du 29 mai 2007 au 2 juin 2007 à 21 h
Ubu roi
D’Alfred Jarry
Création 2007
Mise en scène, scénographie : Alain Timar
Avec (distribution en cours) 6 comédiens dont : Marie-Charlotte Biais, Paul Camus, Roland Pichaud
Régie générale : Hugues Le Chevrel
Lumière, décor : Stanislas Pierre
« D’une blague de lycéens farceurs, Ubu roi est devenu, sous la férule et la plume d’Alfred Jarry, une œuvre monstrueuse et mythique à bien des égards :
• par sa réputation d’abord : qui ne connaît pas le couple Ubu ? Leur inénarrable et célèbrissime aventure est passée à la postérité… et même dans le langage courant avec le mot “ubuesque” qui désigne un caractère comiquement cruel et couard ;
• par le nombre de personnages ensuite : une bonne vingtaine ainsi que les peuples des villes et des champs, des nobles, des courtisans, pas moins de deux armées, un ours et des fantômes !
• par l’extraordinaire foisonnement d’idées enfin et une liberté de ton tant au niveau du fond que de la forme. Dans ce dépassement des limites, ce franchissement allègre du raisonnable, on reconnaît à coup sûr une veine surréaliste.
« Quel plaisir de s’emparer d’une pièce où souffle un vent de révolte et d’insubordination extrême !
« Ubu roi dénonce bien sûr les systèmes politiques qui engendrent folie et absurdité de la course au pouvoir, raille les dictateurs accomplis ou en herbe prêts à d’invraisemblables compromissions pour arriver à leur fin, mais plus encore porte un regard caustique mais lucide sur les comportements humains, le tout dans un grand éclat de rire impertinent et salvateur. Le merdre et le cornegidouille du Père Ubu résonnent aux quatre coins du monde pour mieux lancer un défi universel à la bêtise arrogante et triomphante, l’avidité sans scrupules, la bassesse, la veulerie, les lâchetés de vos pauvres frères en la mort comme l’écrit Albert Cohen.
« Rions des faiblesses de l’humanité, mais regardons bien dans le miroir : il y a du Père et de la Mère Ubu en nous, du meilleur et du pire, de l’ombre et de la lumière, du fort et du faible, du valet et du maître, du masculin et du féminin, du héros et du traître, du saint et du criminel. Ces personnages nous ressemblent : rions donc de bon cœur… et d’abord de nous-mêmes, rions à nous en faire péter la panse.
« C’est dans ce contexte de dérision, d’autodérision et de férocité joyeuse que les acteurs traversent leurs personnages (avec un s), car ici l’habit fait le moine, autrement dit le costume fait vivre le personnage. Oui, chaque acteur peut se retrouver dans la peau du bon ou du méchant, du gagnant ou du perdant en fonction de l’humeur ou de l’histoire. C’est dire combien la dépense physique, l’énergie vitale, une sorte de voracité organique doivent pulser le rythme du spectacle.
« J’emploie sciemment ici le mot spectacle, car il contient cet esprit d’inventivité et de folie créatrice dans lesquels je souhaite plonger, quitte à transgresser (et avec entrain) les conventions théâtrales.
« Regardons nos acteurs entrer en scène… Les ububerlus déferlent : ils démolissent avec joie, dénoncent avec rage, mais pour mieux ré-enchanter le monde. Ils ont retrouvé l’ingénuité, l’insolence et le pouvoir d’émerveillement de l’enfance, un peu comme Miro ou Picasso à la fin de leur vie.
« Je pense aussi à Paul Klee et à Jean Rouch. Le premier pour ces sculptures : petites figurines naïves aux couleurs vives réalisées avec des morceaux de bois, des bouts de ficelles et de chiffons, source d’inspiration certaine pour l’univers plastique. Le second en tant que cinéaste ethnographique et par rapport au jeu des comédiens. Je revois ce fascinant film documentaire tourné au Ghana les Maîtres fous (1954) sur les cultes des Haouka, de l’extrême engagement des participants et de la violence qui se dégageaient de ces danses de possession. Nos ububerlus doivent porter en eux ce rituel d’expiation, exutoire des malheurs du monde, de la cruauté de l’être humain et donc reflet de notre civilisation.
« Décidément, le théâtre occidental a beaucoup à apprendre de ces rituels animistes du continent africain.
« En conclusion et en réaction à la logique rationnelle d’un Descartes et de son fameux : “Je pense, donc je suis”, cet Ubu roi-là pourrait se placer sous le signe de la réflexion cabalistique suivante : “Je lis, j’interprète, je critique, je m’oppose, j’écoute, j’écris, je questionne, je réponds, je cite, je ris, je raconte, je nomme, je discute, j’interpelle, je prie, j’apprends, j’enseigne, je vis… donc je suis.” »
Alain Timar
Recueilli par
Vincent Cambier
Théâtre des Halles • rue du Roi-René • Avignon
Tél. : 04 90 85 52 57
Réservations : 04 32 76 24 51