Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par Les Trois Coups
Le travail autour de Prologue ne se résume pas à monter un spectacle, il s’agit d’une longue préparation, d’un long compagnonnage avec l’auteur. Voilà plus de cinq ans que l’envie de monter ce récit est enfouie dans la conscience de Muriel Pascal (metteuse en scène). Cinq années de maturité nécessaire. Cinq années de communion avec le texte de Bernard-Marie Koltès, et toujours ce désir latent qui raisonne dans la tête. Ce désir que l’on sent, que l’on ne peut pas ignorer, car sans cesse resurgissant. Un désir qui de lecture en lecture se décuple, grandit avec force et rage jusqu’à ce que l’esprit n’en puisse plus tant il est présent, tant il est submergé par cette envie, cette volonté et ce besoin de créer. Jusqu’à ce que cette envie finisse par déborder de soi, s’évacuer après avoir été lentement apprivoisée, nourrie et convoitée pour enfin oser timidement s’annoncer.
« Les motivations qui me poussèrent à écrire cette pièce étaient si nombreuses qu’elles finirent par constituer la principale difficulté à l’écrire. »
Cette citation de Koltès évoque au plus haut point l’émotion que l’on peut ressentir à la création d’un travail qui tient à cœur. Comme le dit Baudelaire, il y a des correspondances, des odeurs, des couleurs qui ramènent complètement à une sensation pouvant être brusquement concrétisée par une parole. Cette parole s’avère être celle de B.-M. Koltès. Une manière de dire qui expose une blessure intime. Une solitude profonde de l’être qui trouve son écho dans l’Autre, à qui il dévoile ses secrets. L’Autre les entend et lui en donne de nouveaux à entendre.
Pareil à l’assemblage d’un miroir brisé, les multiples fragments éclatés se réunissent sous les témoignages de deux personnages : un homme et une femme. Deux milieux opposés : un ethnologue, une prostituée. Deux histoires indépendantes dites par deux voix qui racontent, témoignent des divers aspects de la vie d’un personnage : Mann.
Bernard Marie Koltès est un personnage que l’on ne présente plus tant sa renommée fait l’unanimité. Ses pièces sont montées et remontées. Les différentes mises en scène proposent en permanence de nouvelles lectures de ses œuvres dévoilant ainsi la richesse de son écriture. Une parole insatiable, sans arrêt manipulée où les mots éclatent en des sens qui varient selon qui l’interprète, faisant naître de nouveaux horizons. Un terrain de jeu aux accès multiples, arpenté de toute part par les grands enfants de ce monde, qui est le théâtre. Des textes connus et reconnus tels que la Nuit juste avant les forêts, Quai ouest, Dans la solitude des champs de coton, Retour au désert, Combats de nègre et de chiens, Roberto Zucco… font ainsi l’objet de représentations sans qu’aucun ne s’en lasse jamais, et pour cause. Cependant, il en est un qui semble n’avoir jamais suscité l’attention sur son univers. Sans doute est-ce parce qu’il s’agit d’un roman.
Qu’est-ce que Prologue ?
Prologue n’est pas une pièce de théâtre. Son auteur ne l’a pas mentionné comme telle. Et pourtant ! Sa construction dans le récit, le soliloque, n’est pas sans rappeler le locuteur de la Nuit juste avant les forêts ou encore cette absence de véritable dialogue où l’autre ne répond pas comme dans Quai ouest, ainsi que Dans la solitude des champs de coton, qui est une succession d’échanges sans réponses comme un dialogue où la parole de chacun est une parole d’attente. Prologue a une structure qui ressemble le plus à ce dernier exemple.
Ce récit semble avoir été écrit pour être joué. Il est une mélopée universelle à deux voix, un dialogue qui se chevauche… Une variation sur un même thème : l’humanité.
Prologue : un faux roman ? Ce texte nous touche car il incite au respect envers l’Autre, à la tolérance, à l’écoute de la différence. Il en dégage une émotivité, un hymne à l’acceptation et à la protection de l’Autre.
Prologue est la première création de la Cie L’Estaminet, fondée en octobre 2005 à Montpellier. ¶
Théâtre du Hangar, centre d’art et de recherche • rue Nozéran • 34000 Montpellier
04 67 41 32 71
Compagnie L’Estaminet • 12, rue Eugène-Lisbonne • 34000 Montpellier
06 63 57 37 57
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