Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.

Publicité

« Mortes-Eaux-Les Salins 1893 », d’André Benedetto et « le Grand Nain » à Salin-de-Giraud (critique de Manuel Touraille)

Une Camargue bien assaisonnée

 

La Camargue s’invite au Off d’Avignon et nous invite à la nuit des Envies Rhônements.

 

Du sel sur les plaies

En lever de rideau du beau Théâtre des Carmes, André Benedetto, son directeur, auteur et metteur en scène de la pièce en dévoile la genèse, liée à la tragédie de l’immigration italienne. Une prise de parole savoureuse, pleine d’humour, de charme et d’ironie.

 

Livre en poche, le Sang des marais, que lui a donné son frère en 1993, André Benedetto dessine les frontières d’une Provence occitane, de l’Espagne à l’Italie, « en dessous de la Loire » ! Dans son enfance, la consonance italienne de son nom le désigne au racisme des autres écoliers, qui le traitent de babi, « crapaud » en provençal. Il montre le plan d’Aigues-Mortes (Eaux-Mortes ou Mortes-Eaux), où se passe la scène : des travailleurs saisonniers italiens sont victimes d’un lynchage de la part des « locaux, armés de bâtons, de fourches et de fusils »… Un évènement qui date de 1893, après les Vêpres marseillaises, qui font trois morts en 1881, le meurtre d’un « Rital » l’année suivante à Beaucaire, les explosions xénophobes contre les « Macaronis » lors de la construction de la ligne ferroviaire Alès-Orange.

 

mortes-eaux-web.jpg

 

C’est donc l’histoire d’un type du Grand Sud, qui visite son pays comme un touriste. Trois personnages font le récit du drame. L’enfant du pays – un beau rôle pour André Benedetto, qui le confie à son alter ego, Nicolas Ourliac, précis et calme passager du temps. Une jeune fille candide à vélo, Marie Labadie et le fantôme stoïque du théâtre nô à la provençale, Farid Boughalem, qui hante les lieux du drame, dont la chute se situe aujourd’hui à la terrasse du restaurant L’Aïgo boulido.

 

Mortes-Eaux est une pièce d’évocation. Sa facture théâtrale agit comme l’ombre portée du texte. Les personnages se dépatouillent de l’histoire au bon sens populaire du terme, sans se compliquer la vie par l’évidence sincère du jeu. André Benedetto procède par évaporation du passé pour mieux récolter le sel du présent, sur les mêmes plaies. 


Mortes-Eaux-Les Salins 1893, d’André Benedetto

Association Nouvelle Compagnie d’Avignon • 6, place des Carmes • Avignon

04 90 82 20 47

andre-benedetto@wanadoo.fr

www.theatredescarmes.com

Mise en scène : André Benedetto

Interprètes : Marie Labadie, Farid Boughalem, Nicolas Ourliac

Costumes : Frances Ashley

 

Envies Rhônements. Et Mer Veillement.

Aujourd’hui, à Salin-de-Giraud, le sel ne fait plus recette et les petites maisons des ouvriers sont la proie des promoteurs. Elles sont sur la droite en venant du Sambuc avant d’arriver au domaine de la Palissade. Ce jour-là, beaucoup de visiteurs ont pris le risque d’une nuit blanche entre fleuve et sansouire (1), sous la pleine lune en compagnie d’Ilotopie et de ses amis, artistes de tous bords (arts de la rue, cirque, théâtre, performances, installations, musique, slam, cabaret-ciné, DJ).

 

Dans le parcours d’installations éphémères réalisées par Sophie Hutin et André Lamourère à partir de matériaux charriés par le Rhône (bois, végétaux, plastiques, briquet…), vous croisez un pastellographe juché sur le promontoire en bambou de sa 2 CV, Philippe Monnier, le Buffon des salicornes qui aiment aussi croquer les poissons-rouges. Au parterre, les libellules multicolores font vibrer leurs ailes dans le soleil couchant.

 

2CV-grand-nain-web.jpg

 

La Guinguette des paroles vous attend sur le thème du risque environnemental. Balade et régalade culinaire dans les guitounes, plats bios légèrement engagés, cuisine nomade aux couleurs militantes tout en écoutant un groupe de cinq musiciens : Des belles et des clochards, qui voient la vie en (flamand) rose !

 

Un spectacle de la compagnie Anomalie (collectif de cirque contemporain) ouvre nos regards sur d’autres horizons : le Grand Nain, créé in situ pour la version en extérieur, s’inspire du mythe de Robinson, de la rencontre avec l’autre, l’ailleurs… Anomalie est avant tout un collectif, une tribu, une famille. Au Centre national des arts du cirque de Châlons-en-Champagne, ils sont dix garçons à travailler ensemble qui décident, au sortir de leur formation, de poursuivre l’aventure : le Cri du caméléon, chorégraphié par Josef Nadj, 33 tours de piste, créé avec la complicité de Guy Alloucherie, Bascule – fabuleux travail de voltige et de portées acrobatiques.

 

grandnain-web.jpg

 

Le Grand Nain, création plus intimiste, est le fruit du travail entre un artiste de cirque, Jambenoix Mollet, jongleur, équilibriste, danseur et un artiste de théâtre, Philippe Eustachon, comédien et metteur en scène. Dans la maison bancale du Grand Nain, après le cataclysme, il y a un tas de terre venu du dehors, duquel émerge un pied. Le Grand Nain est un monstre de foire, dont la voix sonorisée se mêle à une belle matière sonore (bruitages, musique minimaliste…), qui accompagne les gestes, accentue les déplacements. L’un libère l’autre de sa gangue de terre sous d’étonnants flux de sons et de lumière (une création très originale et simple).

 

Les deux interprètes distillent la partition d’un nouveau monde sous nos yeux. Présence imagée, évènements sonores, texte proféré, gestuelle et situation en perpétuel déséquilibre. Pour preuve, le fameux troisième mur de la maison théâtre – invisible, celui qui sépare les acteurs des spectateurs – est découpé à la tronçonneuse ! Il y a le bruit, la poussière et même l’odeur ! Quelle étonnante découverte que cette première du spectacle en région au cœur de la Camargue ! 

 

Manuel Touraille

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


(1) Sansouire (la) [terme local] : paysage et formation végétale dominée par des salicornes buissonnantes sur des terrains peu ou pas irrigués, où le sel affleure lors des grandes chaleurs.


« Nuit des Envies Rhônements »,

samedi 28 juillet 2007, de 18 h à l’aube, au domaine de la Palissade

(village de Salin-de-Giraud)

Le Grand Nain

28 juillet 2007 à Salin-de-Giraud (13)

Par Anomalie

Internet : http://www.ilotopie.com

Conception, écriture et interprétation : Jambenoix Mollet et Philippe Eustachon

Mise en scène : Philippe Eustachon

Scénographie, costumes et accessoires : Yvett Rotscheid

Lumières : Anne Vaglio

Création sonore : Thomas Turine

Genre : arts du cirque

Première en région

Horaire(s) : 22 heures

Lieu de représentation : domaine de la Palissade • 13129 Salin-de-Giraud

04 42 48 40 04

Gratuit

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article