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Par LES TROIS COUPS
Retour aux sources
C’est en 1975 que Roland Dubillard adapte de petits sketchs radiophoniques au théâtre sous le nom de « Diablogues ». Pour nous, Anne Bourgeois les remet en scène avec les deux comédiens hors pair que sont Jacques Gamblin et François Morel. On rit un peu, puis beaucoup. Les crampes de la mâchoire ne sont pas loin…
Ce sont deux personnages qui parlent devant nous. On ne sait pas qui ils sont, ce qu’ils font. On ne connaît d’eux que quelques détails : deux cousines ayant pour même prénom Paulette, une mère habitant à Besançon, des vacances à Arcachon… Rien de très important. Ces deux amis (car on suppose qu’ils le sont) ont comme goût commun la parole, le langage. Chaque mot est soupesé. Le sens qu’on lui donne semble souvent inadéquat. Prenons, par exemple, ce compte-gouttes. Que fait-il ? Il pousse les gouttes, mais en aucun cas ne les compte. Appelons-le alors pousse-gouttes, non ? Tout est sujet à reflexion. Le langage nous révèle un univers auquel nous ne prêtions que peu d’attention.
Cet univers est métaphorisé par un décor d’arrière-plan représentant une carte du ciel. Toutes ces constellations, ces étoiles, nous montrent l’infini. La connaissance n’a pas de limite, la curiosité non plus. Mais il n’est pas obligatoire d’aller si loin pour découvrir que ce qui fait notre spécificité (le langage) n’a pas fini de nous étonner. Le décor se prête parfaitement à la discussion. Une pièce agréable, ouverte, des fauteuils qu’on déplace, un placard… Nos deux compères aiment le changement, la nouveauté. Déplacer les fauteuils, éloignés ou côte à côte, leur permet d’adopter des attitudes différentes. Mobilier et sentiments sont en adéquation parfaite. Il suffit que les fauteuils soient proches pour renforcer l’amitié entre nos deux compères.
© Philippe Delacroix
Durant cette heure et demie, une constatation se fait jour : l’importance d’être deux. Seul, le personnage n’existe pas. Il a besoin d’un partenaire pour réfléchir, pour étayer son propos. Nous n’assistons pas à une lutte visant à discerner lequel des deux est le plus intelligent. Non. Il s’agit ici d’un enrichissement mutuel. C’est ensemble qu’ils se construisent, qu’ils parviennent à des conclusions surprenantes. Ce n’est pas pour rien que la dernière phrase qu’ils disent ensemble est : « Nous ne sommes pas sourds, justement. » L’écoute des mots et des autres est, pour eux, essentielle.
Pour interpréter ces dialogues frôlant l’absurdité, il fallait deux comédiens brillants, capables de nous faire suivre le cheminement de leur logique. En outre, parvenir à faire rire le public n’est pas toujours chose évidente. Mais parvenir, en plus, à faire prendre conscience aux spectateurs que le langage est d’une richesse insoupçonnée est un objectif ambitieux. Grâce au jeu de Jacques Gamblin et de François Morel, le but est atteint. Leur façon de s’exprimer est aussi importante que les mots en eux-mêmes. Ils passent des onomatopées à une expression lente et un peu naïve, ils ont une diversité de jeu qui nous montre l’envergure de leur talent.
Une pièce vivante, où s’ennuyer serait une énigme, voire une insulte à notre langue si variée, servie par des comédiens exceptionnels : une soirée très agréable en perspective. ¶
Chloé Chochard-Le Goff
Les Trois Coups
Les Diablogues, de Roland Dubillard
Mise en scène : Anne Bourgeois
Assistante à la mise en scène : Marie Heuzé
Avec : Jacques Gamblin et François Morel
Son : Jacques Cassard
Costumes : Isabelle Donnet
Décors : Édouard Laug
Théâtre du Rond-Point • 2 bis, avenue Franklin-D.-Roosevelt • 75008 Paris
Réservations : 01 44 95 98 21 ou 0 892 701 603
Du 21 novembre au 31 décembre 2007 du mercredi au dimanche à 18 h 30 sauf le dimanche 2 décembre 2007 à 15 h
Durée : 1 h 30
33 € | 24 € | 14 €
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