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Par LES TROIS COUPS
Femme meurtrie par la guerre,
les armes de son cri sont sans détour
Le poème dramatique de Jean-Pierre Siméon, interprété par Anne Conti, est parlé, rythmé, accompagné de musique.
La scène est plongée dans la pénombre, une faible lumière éclaire son visage. Cette femme, aux cheveux bruns plaqués autour du visage, dans sa petite robe sombre qui s’arrête aux genoux et son gilet près du corps, est venue nous dire qu’elle ne veut pas comprendre. Cette fille, cette sœur de l’homme de guerre disparaît dans une semi-obscurité, où la silhouette s’esquisse, et murmure ses maux au micro. Comme on ne voit pratiquement rien, juste une gestuelle détachée du propos, alors on laisse venir les images que les mots véhiculent. Puis, son visage réapparaît sous une lumière orangée ténue, les images nous abandonnent.
La femme au propos sur la guerre reprend son adresse au public. Elle ne nous lâche plus. Sans pathos, elle murmure « c’est la vie que je prie », elle vitupère « je crache sur l’esprit de guerre qui pense et prévoit la douleur », elle raconte « sous les trois oliviers, à dix-sept ans j’ai nagée nue dans la rivière », elle fulmine « je veux être exécrable comme un remords ». Le propos est grave et pourtant on n’a pas envie de pleurer. On est emporté par son énergie, son courage, sa détermination à choisir la lumière plus que l’obscurité, la vie plus que la mort, la parole plus que le mutisme, le combat plus que l’anéantissement. Cette femme meurtrie par la guerre devient universelle, plurielle, intemporelle… On n’en a pas encore fini avec la guerre, car le guerrier sommeille en chacun de nous.
Du chant des grillons aux percussions qui martèlent les maux, du silence au ton grave et intime des cordes, des paroles de victimes de guerre en voix off, des salves d’humeur rock jouées avec intensité et énergie, l’ambiance sonore, la musique intensifient dramatiquement les propos, amplifient sensiblement les émotions. Le jeu de lumière se joue comme le reste, de manière binaire. Clair et obscur. Des grandes zones d’ombre et une lumière chaude, légère, réduite. Un espace trouble, bleuté, enfumé à côté d’un espace sombre. L’ambiance sonore et le jeu de lumières corroborent avec efficacité et justesse la parole du personnage. C’est une atmosphère cohérente, qui répand l’ambivalence.
L’interprétation d’Anne Conti est infaillible, énergique, efficace à l’image du reste. Son personnage est double, à la fois féminin et d’une force physique masculine, à la voix légère et tonitruante, au rythme calme et violent, détaché et déchaîné. Elle nous restitue le texte, les mots dans une musicalité qui ne fait pas sens, hormis l’état binaire. Le propos est celui d’une femme, des femmes, d’hommes et de femmes, d’enfants, intrinsèquement guerriers, et à la façon du jeu de lumières, clair et obscur. ¶
Christine Trolet
Les Trois Coups
Voir la rencontre avec Jean-Pierre Siméon.
Voir l’atelier Mise en voix, par Anne Conti.
Stabat mater furiosa, de Jean-Pierre Siméon
Texte publié aux éditions Les Solitaires intempestifs
Conception : Anne Conti
Mise en scène : Anne Conti, Patricia Pekmezian
Avec : Anne Conti, Rémy Chatton (cordes), Vincent Le Noan (percussions)
Univers sonores : Rémy Chatton
Création musique : Rémy Chatton, Vincent Le Noan
Création lumière : Stéphane Zuliani
Création costumes : Catherine Lefebvre
Fabrique Théâtrale • rue de Bourgogne • 62750 Loos-en-Gohelle
Jeudi 22 novembre 2007 à 19 h et vendredi 23 novembre 2007 à 20 h 30
Durée : 1 heure
Tarifs : 12 € | 10 € | 7 € | 5 €
Réservations : Culture commune 03 21 14 25 55
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