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Par LES TROIS COUPS
Entre l’intime et l’épique
Par Franck Bortelle
Les Trois Coups.com
Écrit en 1960 par Henry Bauchau, « Gengis Kahn » retrace quatre décennies du célèbre héros mongol, qui pacifia une partie du monde s’étalant de la Corée à l’Ukraine. De cette épopée, la mise en scène de Benoît Weiler, en respectant bien sûr le texte de l’auteur, ne conserve que la force du mot, que transcendent dix comédiens au jeu puissant. Un spectacle à la fois intime et épique, d’une grande richesse.
Gengis Khan (prononcez « Gainguis Han ») est un héros. Pas de ces petits psychotiques sautillant partout et qui ne font rien nulle part, qui s’agitent au lieu d’agir. Un héros. Au sens fort du terme, c’est-à-dire celui qui agit, précisément. Un héros comme on n’en fait plus. Un héros comme on en a peu fait. Pacificateur d’une zone du globe qui va de la Corée aux plaines d’Ukraine, il est l’incarnation d’un héroïsme lié à de vastes contrées encore peu connues et donc fascinantes, dont le cinéma s’empara en des temps où le héros avait encore cours.
Mais au théâtre, un tel personnage semble inadapté, tant l’appel du large apparaît peu compatible avec une scène aux dimensions forcément réduites. C’est pourtant le défi que relève Benoît Weiler en adaptant les quarante ans de la vie du célèbre pacificateur, d’après la magnifique pièce éponyme d’Henry Bauchau.
La priorité du metteur en scène consiste très clairement à faire ressortir toute la puissance du texte, en évitant de la noyer dans un maelström d’effets scéniques grand-guignolesques, qui n’auraient pas plus de force épique qu’une réunion d’ecclésiastiques sous Lexomil. Mais si les grands effets sont à proscrire, il faut toutefois donner au spectateur l’impression qu’on n’est pas en train de lui jouer du Claudel.
C’est là qu’intervient tout le savoir-faire de Benoît Weiler. Dix comédiens jouant une quarantaine de rôles différents (exception faite, bien sûr, de Laurent Letellier, omniprésent dans le rôle-titre), deux musiciens, trois écrans géants projetant des images et quelques phrases clés du récit, des costumes et des maquillages appropriés vont donner à ce spectacle une force et une dimension qui dépassent le cadre de l’épique.
Le texte, lui, est ample, clair, magnifique et magnifié notamment par des comédiens étonnants, au phrasé impeccablement juste. Le caractère presque intime permet, par ailleurs, de recentrer sur le texte toute l’attention qui lui est due. Ce texte quinquagénaire, qui semble avoir été écrit hier tant éclate sa puissante modernité, se révèle une passionnante réflexion sur le pouvoir et la fragilité de ceux qui l’ont, sur l’aliénation de l’homme par l’homme, sur l’Homme tout simplement.
Voilà donc un spectacle beau, puissant, généreux, pédagogique sans être didactique, souvent trépidant, très rythmé, parfait pour réconcilier le public avec un genre théâtral tombé en désuétude, celui des grandes figures de l’histoire, contre lesquelles le temps n’a pas de prise. ¶
Franck Bortelle
Gengis Khan, d’Henry Bauchau
Mise en scène : Benoît Weiler
Dramaturgie et assistance à la mise en scène : Éric Pellet
Avec : Lorenzo Baïtelli, Alexandre Barbe, Thomas Blanchet, Sarkaw Gorani, Delphine Haber, Laurent Letellier, Michael Maïno, Bertrand Nadler, Marta Terzi, Régis Vallée et les musiciens Geoffrey Dugas et Vincent Martial
Musique : Geoffrey Dugas et Vincent Martial
Création costumes : Dominique Lallau et Hervé Rozelot
Maquillage : Lucille Reggiani
Photographe : Samuel Guibal
Théâtre 13 • 103A boulevard Auguste-Blanqui • 75013 Paris
Réservations : 01 45 88 62 22
Du 13 novembre au 23 décembre 2007
Le mardi, mercredi, vendredi à 20 h 30, le jeudi et samedi à 19 h 30, le dimanche à 15 h 30
Durée : 2 h 10
22 € | 15 € | le 13 de chaque mois tarif unique à 13 €
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