Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par LES TROIS COUPS
Concert d’enfance au Théâtre des Célestins
L’Orchestre national de Lyon s’invite sur les planches du Théâtre des Célestins pour un concert très théâtral, dans lequel les musiciens, et surtout leurs instruments, deviennent les acteurs de contes enfantins, en particulier celui de « Pierre et le Loup ».
Tout commence par le gazouillement léger et doux d’un petit oiseau enfermé dans une cage, qui tombe du ciel. C’est un peu notre enfance qui tombe, avec cet oiseau, du ciel des Célestins, pour réapparaître sur le devant de la scène le temps d’un concert. La cage se suspend au-dessus du joueur d’orgue de barbarie et l’oiseau semble lui inspirer, lui insuffler, la partition musicale de Haydn qu’il interprète. L’orgue de barbarie, placé à la fois à l’écart de l’orchestre et central dans l’interprétation, plein de fantaisie et d’humour, est le signe de l’enfance.
L’humour et l’attitude bon enfant sont effectivement très présents chez les musiciens eux-mêmes, et très à propos. Ainsi, lors de leur interprétation de l’Opus Number Zoo, jeu enfantin pour quintette à vent, de Luciano Berio, ils prennent la parole pour devenir les récitants de brèves anecdotes d’animaux. Ces histoires courtes sont tantôt drôles et légères, comme celle des deux chats de gouttière, Omar et Bartholomé, qui se bagarrent et ressortent de leur lutte « sans queue, sans moustache », tantôt tristes, comme celle de la biche qui se demande pourquoi les hommes se font la guerre.
Pour les raconter, les musiciens passent de la parole rythmée à l’instrument. Les deux se mêlent alors, l’un devenant le prolongement de l’autre. Ce qui préfigure le rôle tenu par les instruments dans Pierre et le Loup. Qu’il est doux d’être ramené à son enfance, bercé au son de ces fascinants « personnages instrumentaux » créés par Prokofiev ! C’est donc avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé l’oiseau-flûte, le basson barbu du grand-père, le hautbois-canard, le chat-clarinette, le cor du loup, la grosse caisse et les cymbales des chasseurs, et Pierre, non pas interprété par le violon comme le veut l’usage, mais par l’orgue de barbarie.
Et c’est toujours avec beaucoup d’humour que Didier Sandre nous raconte l’histoire. Bien qu’il lui arrive de se déplacer de façon inutile, comme s’il ne savait pas toujours bien où se mettre, tournant en rond (surtout quand il tourne autour de son pupitre), il n’en demeure pas moins un très bon récitant, qui nous fait entendre à merveille, grâce au talent des musiciens, cette jolie histoire de notre enfance. ¶
Amandine Vincent
Les Trois Coups
Musique au théâtre
30e pièce pour horloge à flûtes de Joseph Haydn
Quatuor à cordes nº 17, en si bémol, « la Chasse » de Wolfgang Amadeus Mozart
Musica ricercata de György Ligeti
Opus Number Zoo, jeu enfantin pour quintette à vent de Luciano Berio
Pierre et le Loup, conte symphonique pour narrateur et orchestre op. 67 de Serge Prokofiev
Avec : Benoît Le Touzé (flûte), Philippe Cairey-Remonay (hautbois), Thierry Mussotte (clarinette), François Apap (basson), Joël Nicod (cor), Stéphane Pelegri (percussions), de l’Orchestre national de Lyon
Pierre Charial (orgue de barbarie)
Récitant : Didier Sandre
Éclairagiste : Pascal Mérat
Scénographe : Christian Fenouillat
Mise en espace : Claudia Stavisky
Théâtre des Célestins • 4, rue Charles-Dullin • 69002 Lyon
Réservations : 04 72 77 40 00
Dimanche 9 décembre 2007
Eclipse Next 2019 - Hébergé par Overblog