Le monde des affaires et ses magouilles… Louis-Charles Sirjacq a choisi de décrire les mœurs du monde des affaires et de la grande entreprise avec une ironie douce-amère. On sent l’influence dominante de la personne de Bernard Tapie et de ses affaires, qu’elles soient professionnelles, politiques, médiatiques ou autres.
Un vieux loup des affaires, self-made-man complètement phobique à l’idée de la mort, a pour obsession le négoce de sociétés : acheter et vendre des sociétés sans débourser un centime. Est-ce possible ? Affirmatif : le dépeçage de l’une finance l’achat de l’autre.
Ici le vieux loup, qui s’appelle Bruno Sobin, interprété magnifiquement par Jacques Frantz, décide de mettre la main sur une entreprise en difficulté, la société Merrien, dont le capital est détenu par les trois sœurs du même nom. Le vieux loup est conseillé par un jeune rat de la finance, Grammont. Conseil ou manipulation ?
© Photo Lot
L’auteur a construit sa pièce en jouant sur les contrastes. Il oppose la dignité des petites gens au cynisme des gens d’argent. Il ne ménage pas ses personnages, hommes ou femmes, sans exception. La gent masculine se laisse mener par le sexe ou le pouvoir, voire par les deux : schéma classique. Le personnage principal, Bruno Sobin, dirige le côté sexe par sa fidélité conjugale. Ce qui lui permet de se consacrer pleinement à sa passion : les affaires. Grammont, son conseiller, compense son insatisfaction sexuelle par sa quête du pouvoir. Quant à Henri de Vilbert, l’époux de l’une des sœurs Merrien, tout est fini pour lui : no sexe, no pouvoir. Sa femme le trompe avec Grammont, et il doit laisser sa place dans dans les affaires.
Et alors, pour la gent féminine ? Les personnages correspondent aux stéréotypes habituels. Comme la bourgeoise qui exerce son désœuvrement en soutenant activement diverses causes, peu importe qu’elles soient animales, artistiques ou familiales. Qu’il est dur d’avoir de l’argent et de ne pas savoir quoi faire de son temps ! Seul, le personnage de la secrétaire retient l’attention : une fine mouche, qui ne cède ni au sexe ni à l’argent malgré l’insistance pesante de certain conseiller.
Sur un petit plateau, les comédiens évoluent dans un décor géométrique et glacial. Ils sont neuf en scène : le nombre impressionne compte tenu de la petitesse du plateau. Malgré une mise en scène fonctionnelle et peu originale, ils vont et viennent, faisant claquer quelques portes, usant et abusant des reparties de l’auteur. Un rythme presque frénétique. Le temps passe sans que l’on s’en aperçoive. ¶
Claire Besse
Les Trois Coups
www.lestroiscoups.com
Les riches reprennent confiance, de Louis-Charles Sirjacq
Mise en scène : Étienne Bierry
Assistant à la mise en scène : Emmanuel Jurquet
Avec : Jacques Frantz, Thomas Le Douarec, Marie Piton, Michèle Bourdet, Marjorie Frantz, Naidra Ayadi, Marie Pillet, Mayane, Christophe Laubion, Maïté Vauclin
Cotumes : Mine Barral-Vergès
Lumières : Stéphane Balny
Décor : Yovan Josic
Théâtre de Poche-Montparnasse • 75, boulevard du Montparnasse • 75006 Paris
Du mardi au samedi à 21 h, matinées samedi à 18 h et dimanche à 15 h
Relâche : dimanche soir et lundi
Réservations : 01 45 48 92 97
Prix des places : 20 € | 28 € | 36 €
Jeunes de moins de 26 ans : 10 € les mardi, mercredi et jeudi
Collectivités : 28 €
Durée : 2 h