Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par LES TROIS COUPS
Un spectacle musical vampirisé
par la technique
Bruno Pelletier (Johnny Rockfort, Jimmy et Gringoire dans les comédies musicales signées Luc Plamondon) s’est attaqué à la légende de Dracula, qu’il a réactualisée. En 2050, le comte noctambule retrouve en une ravissante militante altermondialiste l’épouse qu’il a perdue, il y a cinq cents ans. La Maison de la danse à Lyon avait la primeur de la tournée européenne de cette énorme production, annoncée comme un gros succès au Canada en 2006. Ayant lu des critiques dithyrambiques d’outre-Atlantique, je m’y rendais donc avec un « a priori » plutôt favorable.
Dès le début, c’est la grosse machinerie : voix d’outre-tombe, décors en grande partie virtuels, sono à la limite de la saturation, qui rend parfois les textes incompréhensibles. Je commence à me renfrogner dans mon coin, ça démarre mal. Bon, ce n’est que le début, me dis-je, le spectacle va prendre son rythme. Toujours confortée par ce que j’ai lu, j’attends la suite avec optimisme.
Hélas, trois fois hélas, c’est le contraire qui se passe. Les chansons se succèdent sans que l’on puisse avoir une quelconque idée de l’histoire qu’elles sont censées raconter. Les décors – simples : un escalier et une passerelle – ne deviennent spectaculaires que grâce aux images projetées. Les voix annoncées comme les plus belles du Québec le sont à condition d’aimer le formatage « variété française » actuelle : elles se ressemblent toutes. Par ailleurs, les femmes sont toutes des Céline Dion et les hommes des Bruno Pelletier. Je peine d’ailleurs à reconnaître les personnages. C’est froid, sans âme.
« Dracula, entre l’amour et la mort » | © D. R.
La gestuelle grandiloquente rend certaines scènes ridicules, à la limite du grotesque. Tout me fait penser à une parodie de film fantastique. Mais, malheureusement, là, ça se prend au sérieux. Regards en coin à gauche, à droite, mes voisins ont l’air d’avoir les mêmes réactions navrées. Des applaudissements polis saluent quelques prestations. Le final n’est pas mal trouvé : le héros tend le bras, une explosion, scène dans le noir, projos éblouissants dans la salle. Il était temps que quelque chose me réveille !
Je m’interroge : est-ce là ce qu’on considère maintenant comme du spectacle vivant ? Le décor est projeté, la musique est enregistrée, autant aller au cinéma. Où est le travail des décorateurs d’autrefois qui cherchaient à recréer une ambiance, une époque, en construisant du rêve ? Où sont les musiciens qui jouaient avec toute leur âme, rendant la musique vivante et non impersonnelle ? Où est le scénariste qui crée une histoire avec un début, des péripéties, une fin, qui se suffisent à eux-mêmes, la technique étant à leur service ? Là, on a l’impression que la surenchère de moyens (vidéo, jeux de lumière) est l’essentiel. Pour moi, le but premier de tout spectacle est de susciter des émotions. Or ici, la seule que j’ai éprouvée, c’est l’ennui. ¶
Nicole Bourbon
Les Trois Coups
Dracula, entre l’amour et la mort, idée originale de Bruno Pelletier, Richard Ouzounian
Site : http://www.zone3.ca/dracula/
Mise en scène : Érick Villeneuve, Gregory Hlady
Avec : Bruno Pelletier, Sylvain Cossette, Daniel Boucher, Gabrielle Destroismaisons, Andrée Watters, Pierre Flynn
Livret : Richard Ouzounian
Paroles : Roger Tabra
Musique : Simon Leclerc
Décors : Vladimir Kovalchuk, Yves Desrosiers
Lumières : Nyco Desmeules
Costumes : Jean Philie
Chorégraphies : Richard Belhumer
Maison de la Danse • 8, avenue Jean-Mermoz • 69008 Lyon
Réservations : 04 72 78 18 18
Du 15 au 25 janvier 2008 , mardi 15, jeudi 17, vendredi 18, samedi 19, mardi 22, jeudi 24, vendredi 25 à 20 h 30, mercredi 16, mercredi 23 à 19 h 30, dimanche 20 janvier 2008 à 17 heures
Durée : 2 h 30, entracte compris
Places de 35 € à 25 €
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