Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par LES TROIS COUPS
Des oubliés à ne pas oublier
Par Nicole Bourbon
Les Trois Coups.com
Un hôtel dans une petite ville de province où va passer le Tour de France. Un gardien de nuit manchot, trois femmes de chambre, une cliente, un journaliste, la patronne vont nous faire partager leur quotidien le temps d’un week-end. Sur ce thème, l’auteur Gilles Granouillet va nous emmener pour une plongée dans un univers terne et banal à faire frémir.
Le décor est sobre, simplement rythmé de six courtes colonnes. Au fond, une porte qui ne veut pas s’ouvrir. Sans cesse, les personnages vont se heurter à cette porte close. À la fin, sa réparation marquera la fin de la pièce.
Le texte est dense, superbement écrit. J’imaginais en l’écoutant Françoise Maimone, metteuse en scène, le découvrir. Comment en venir à bout ? Comment donner vie à ces personnages sans les noyer sous ce flot de paroles ? Elle a dû le lire et le relire pour s’en imprégner, décortiquer chacun pour le créer à son tour. Trouver les gestes, les attitudes qui correspondront parfaitement aux paroles, les deviner au travers de ce qu’ils disent ou ne disent pas, les non-dits étant ici aussi importants que les mots.
C’est une triste humanité qui nous est dépeinte. Mais en même temps, par la grâce de la mise en scène et de la direction d’acteurs, on se prend à s’attacher à ces pauvres êtres qui mettent leur âme à nu. Ils sont si terriblement humains tous, avec leurs peurs (de perdre leur travail ou d’avouer leur amour), leurs petites mesquineries, leur refus d’une réalité trop laide, mais qui se fera jour quand même.
« Chronique des oubliés du Tour » | © Yves Roudet
Souvent j’ai souri, souvent j’ai ri, souvent j’ai été émue, souvent j’ai ressenti de la colère. Que d’émotions se sont bousculées en ces deux petites heures, sans artifices inutiles, juste par la magie des mots et du jeu des acteurs ! Alors qu’il ne se passe rien ou pas grand-chose, pas de rebondissements, de retournements de situation, simplement la vie qui s’écoule, avec son lot de misères, mais aussi de petits bonheurs simples. Comme de suivre le Tour sur l’écran de télévision, le direct, le résumé, avant le Tour, après le Tour.
Les interprètes sont jeunes, tous les sept. Deux surtout se détachent et m’ont réellement bouleversée. Xavier Picou, qui interprète le gardien, est exceptionnel. Il est tour à tour énervant et attendrissant. Parfois, (souvent), emporté par son impétuosité, il bafouille. Mais ce bégaiement ne gêne pas, il convient bien au personnage. Je pense d’ailleurs qu’il aurait dû en jouer, en faire une caractéristique du personnage. Anne-Lise Guillet, la petite, est littéralement sidérante, confondante de naturel.
Tous vivent intensément leur personnage. On y croit, on partage réellement avec eux ce moment de vie. Tellement qu’au moment du salut, lorsqu’ils redeviennent eux-mêmes, il m’a fallu un moment pour revenir à la réalité. Et je me suis sentie triste que les personnages aient disparu comme lorsqu’on termine un livre qu’on a beaucoup aimé. ¶
Nicole Bourbon
Chronique des oubliés du Tour, de Gilles Granouillet
Mise en scène : Françoise Maimone
Avec : Alice Buyuck Pehlivanyan, Élodie Cercleux, Juliette Fernet, Anne-Lise Guillet, Laura Ouakil, Xavier Picou, Nicolas Zlatoff
Musique : Gérard Maimone
Costumes : Anne Dumont
Lumière : Stephan Meynet
Vidéo : Catherine Demeure
Régie son : Olivier Leydier
Théâtre de l’Astrée • 43, boulevard du 11-Novembre • 69100 Villeurbanne
Réservations : 04 72 44 79 45
Du 15 au 18 janvier 2008
Durée : 2 h
12 € | 6 €
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