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Par LES TROIS COUPS
Un road-« mamies »-movie
légèrement décevant
Christine Murillo ainsi que Catherine Salviat ne sont plus à présenter tant leur parcours et leur talent sont reconnus et appréciés. Ces deux grandes dames, ex-sociétaires de la Comédie-Française, interprètent les « Deux petites dames vers le nord », de Pierre Notte, mises en scène par Patrice Kerbrat. Deux petites dames, sœurs de sang et de cœur, à la vie comme à la scène. Belle idée, beau mélange, mais déception tout de même.
L’histoire est simple. Annette et Bernardette, sorte de Laurel et Hardy au féminin, veillent leur mère mourante et décident de s’échapper un instant de l’hôpital afin de se changer les idées. Elles se rendent au théâtre, où l’on donne une pièce de Pinter apparemment ennuyeuse à mourir. Pendant ce temps-là, la mère décède, et elles se retrouvent quelques heures plus tard une urne en mains et l’avenir devant elles. Elles décident alors de partir à la recherche de la tombe du père mort vingt-cinq ans auparavant, dans le Nord, et par leurs propres moyens. Cette décision entraînera un tas de situations loufoques et rocambolesques.
Si la pièce tient la route, révélant notre rapport à la mort, à la perte, au deuil, aux rancœurs, et à l’absurdité de l’existence, la mise en scène ainsi que la direction d’acteurs, quant à elles, souffrent de trop de sens pratique et d’une volonté d’humour bien trop marquée.
Pourtant, en allant voir ces deux grandes comédiennes, on se régale par avance. Malheureusement, même deux grandes dames ne sont pas toujours à la hauteur de nos espérances… Ces deux grandes dames-là sont certes généreuses, belles, complices. Elles chantent et dansent, se donnent au maximum, mais elles manquent parfois de profondeur, de délicatesse, de justesse. Elles sont même par instants à bout de souffle ou trop criardes.
« Deux petites dames vers le Nord » | © Chantal Depagne-Palazon
Les situations en elles-mêmes sont drôles, pourquoi forcer le trait et ne jouer qu’une seule note ? Nous pouvons bien évidemment rire de la mort, mais est-ce la peine d’en rajouter ? Ne ririons-nous pas davantage si nous nous sentions plus concernés ? Ce rire-là ne serait-il pas plus intelligent parce que plus libérateur, tant l’angoisse de la mort trouve un écho en chacun de nous ?
Le texte est truffé d’humour noir. Pourquoi n’en garder que l’humour ? Les personnages sont en quelque sorte des clowns, auxquels nous ressemblons à un moment ou à un autre. Mais n’oublions pas que lorsque le clown glisse sur une peau de banane et tombe, nous rions de sa chute, de sa grimace et de sa souffrance.
Le public pourtant ne cesse de s’esclaffer. Mais de quoi rit-il ? De la différence physique des deux actrices, de leurs grimaces, de leurs postures, de leur énergie ? Il ne rit peut-être pas de ce qui le touche. Et on lui laisse peu la possibilité de l’être, on se contente de l’entendre rire.
Au final, les deux actrices s’époumonent et s’agitent, nous trouvons le temps long malgré la qualité de la pièce, et nous repartons avec la sensation de nous être à peine divertis. Lorsque de telles actrices se retrouvent à servir un texte sur les mêmes planches, cela vaudrait peut-être la peine de mettre davantage leur savoir en lumière plutôt que de les laisser gaspiller leur talent… ¶
Astrid Cathala
Les Trois Coups
Deux petites dames vers le Nord, de Pierre Notte
Mise en scène : Patrice Kerbrat
Assistante mise en scène : Céline Billes
Avec : Catherine Salviat et Christine Murillo
Décors : Édouard Laug
Lumières : Laurent Béal
Musique : Pierre Notte
Costumes : Pascale Bordet
Arrangements : Paul-Marie Barbier
Théâtre Pépinière-Opéra • 7, rue Louis-le-Grand • 75002 Paris
Réservations : 01 42 61 44 16
Du 12 mars au 27 avril 2008, du mardi au samedi à 21 heures et dimanche à 16 heures (relâche les jeudis 17 et 24 avril, les samedi 19 et 26 avril et mardi 22 avril)
À partir du 29 avril 2008, du mardi au samedi à 21 heures et samedi à 18 heures
35 € | 29 €
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