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Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.

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« Le Masque boiteux », de Koffi Kwahulé (critique de Kandida Muhuri), Le Lavoir moderne parisien à Paris

Créativité et intelligence

 

Adama Diop, metteur en scène et comédien, sort tout juste du conservatoire d’art dramatique de Paris. Certains des joyeux membres de sa troupe y étudient encore. C’est dire s’ils sont jeunes dans le métier. Jeunes, mais pleins de talent et de professionnalisme. Assez, en tout cas, pour être invités au Lavoir moderne parisien et présenter « le Masque boiteux » de Koffi Kwahulé, au beau milieu d’une programmation consacrée à cet auteur.

 

Cette œuvre merveilleuse raconte l’histoire de tirailleurs sénégalais et d’autres jeunes Africains, recrutés en 1939 par la patrie française pour participer à la guerre. Cette fameuse guerre dite mondiale, mais qui ne les concerne nullement, eux. Ils vont, amenés de force, participer à cette haine qu’ils ne comprennent pas, qu’ils ne partagent pas, et défendre cette nation qui ne s’abaissera pas à « discuter avec eux à égalité d’autorité, à égalité d’humanité ».


Le Masque boiteux parle effectivement de ce contrôle méprisant qu’a eu l’Occident sur l’Afrique, mais aussi de cet engagement profond dont les « recrutés » ont su faire preuve, du manque de gratitude dont la mère patrie les a gratifiés à la fin de cette collaboration aux dés pipés. On y parle aussi de mixité et de corruption, quand à la fin, l’œuvre aborde finement la problématique de la « Françafrique ». Cette relation incestueuse et perverse qui depuis un demi-siècle lie la France à l’Afrique.



Un discours politique donc, mais aussi social et humaniste. À cet égard, le Masque boiteux n’y va pas de main morte : ce texte est définitivement engagé, dérangeant et pédagogique, mais jamais moralisateur. L’Histoire avec un grand H est ce qu’elle est, mais ce n’est pas une raison pour la stigmatiser, c’est pourquoi ce texte ne tombe pas dans le piège de verser dans le pathos et la rancune stérile. À la fin, l’espoir est là sous la forme d’une poignée de mains noires et blanches entrelacées. Je l’ai dit, l’Histoire est ce qu’elle est, on ne la changera pas, mais le futur reste a écrire. L’espoir est donc permis. Il est même recommandé d’après Koffi Kwahulé.


Le défi était risqué tant cette œuvre met la barre très très haut. Mais Adama Diop l’a relevé, et avec succès. Bravo, car la mise en scène fait preuve à la fois de créativité et d’intelligence. L’utilisation de la musique, du son off, de la vidéo, tout cela s’accorde à la perfection et rien n’est jamais de trop. Comme les comédiens eux-mêmes qui, tout en étant expressifs, ne dépassent jamais les limites de la juste retenue. Parmi eux, j’aimerais présenter le sensible et bouleversant Jonathan Manzambi et la jolie et très drôle Gina Ndjemba, sous les traits de Poupinette (significatif clin d’œil à Joséphine Baker). Je n’en cite que deux, mais tous, vraiment tous, font preuve de ce qu’on appelle « le talent ». 


Kandida Muhuri

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Le Masque boiteux, de Koffi Kwahulé

Conception, mise en scène : Adama Diop

Avec : Pierre-François Garel, Jonathan Manzambi, Gina Ndjemba, Aymeric Rouillard, Elmano Sancho, Maud Wyler, Adama Diop

Film d’animation : Rachid Bouchareb

Images : Antoine Bretillard

Création sonore : Baptiste Brossard

Lavoir moderne parisien • 35, rue Léon • 75018 Paris

Réservations : 01 42 52 09 14

Du 29 avril au 2 mai 2008 à 21 heures

15 € | 10 € | 5 €

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